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Mercredi 14 mai 2008

Non content d'être le 70ème ami (provisoirement, mais l'histoire le retiendra) de Manuel Valls sur Facebook, j'ai lu quasiment dès sa sortie son livre d'entretiens avec Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur : "Pour en finir avec le vieux socialisme...et être enfin de gauche !" Au moins, on ne mâche pas ses mots, et on a le sentiment agréable que pour une fois chez un socialiste, on dit ce qu'on pense et non ce qu'il faut penser. Au final, j'ai la conviction, même si je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit (notamment sur le cumul des mandats...), que Manuel Valls aura un positionnement central au PS dans les 10-15 prochaines années.

Extraits :


La gauche, la droite...
Quand on a commencé, on n'avait aucun doute. Le monde était binaire, la gauche, c'était le bien, et la droite le mal  Tu te souviens ? Ce sont des choses qu'on se raconte à vingt ans... [Aujourd'hui], à défaut de changer le monde, on veut simplement le rendre vivable. [...] On répare les dégâts d'une société dure, violente, inique.

Bayrou et le Modem/l'extrême gauche
Le Modem est un extrême centre populiste. Il a les caractéristiques d'un parti anti-système. Bayrou à la présidentielle, c'est une version plus aimable, plus acceptable, de Le Pen ou de Besancenot. Il a créé un parti protestataire et plébiscitaire, fustigeant les autres formations et les médias, rassemblé autour d'un chef intouchable qui incarne le bien et la rédemption, et qui sauvera la France. C'est un parti de revanche, pas un parti de refondation démocratique. [...] Ca ne retire rien à d'autres caractéristiques du Modem : l'Europe, l'économie sociale de marché, l'envie de ses militants de travailler, à la base, avec la gauche - et je crois que c'est une bonne chose.
[...] Les alliances au centre sont plus prometteuses, immédiatement, que les jeux un peu vains avec l'extrême-gauche. Prendre des militants de Lutte ouvrière sur nos listes, dans l'espoir de faire pièce à Besancenot, c'est simplement pathétique : de la magouille à la petite semaine !

La culture du réel
Et la culture du réel va gagner du terrain au PS. Quand on est maire, on ne peut pas divaguer.

Sur le non-cumul des mandats
J'y croyais. Et j'ai eu tort. C'était une diversion. Ca fait partie des histoires qu'on se raconte pour s'étourdir quand on a perdu son identité. [...] Grâce au roi de Corrèze, François Hollande, et au duc de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, on en a au moins fini avec ça.

Expulser les clandestins ?
On peut et on doit. Mais il y a des limites, c'est ce qu'on appelle le respect de la dignité humaine. Ca ne veut pas dire qu'il faut régulariser ou accueillir tout le monde, ou fermer les yeux sur les conséquences de l'immigration de masse. Oui, je suis sécuritaire, pour la sécurité de tous ; oui, je connais les pièges du discours "antiraciste", et les perversités des postures faussement généreuses.
[...] Les immigrés n'ont aucune chance de faire leur chemin dans notre société si on ne leur enseigne pas les règles ; si on ne leur impose pas ces règles, soyons clairs.

Les question de société
Je suis fondamentalement progressiste sur ces questions de société : mariage gay, recherche à partir des cellules souches, clonage thérapeutique, assistance active à la fin de vie...

Dieu
J'espère, ici-bas et maintenant, puisque j'agis. Je suis agnostique, au plein sens du terme : je doute. Je ne sais pas s'il y a quelque chose, ou si le ciel est vide, mais on doit agir comme si nous, les hommes, étions seuls. C'est à nous-mêmes que nous devons la morale et la liberté.

Devenir socialiste
[Je suis devenu socialiste] en ne l'étant pas immédiatement. Je suis d'abord antitotalitaire. Soljenistine compte donc beaucoup dans ma construction adolescente, comme Bernard Henry Lévy de La Barbarie à visage humain.

Français
Je ne deviendrais français qu'en 1982. [Manuel Valls était espagnol]

Cuba/Chavez
Je n'ai jamais compris comment on pouvait soutenir ce régime. La transformation du néopopuliste pétrolier Chavez, l'allié stratégique de l'Iran, en nouveau prophète du socialisme, c'est la même histoire. [...] Chavez est sans doute le dernier et pathétique avatar d'un vieux complexe de la gauche démocratique française envers le communisme.

Le monde de l'entreprise
Cette idée que les patrons, par essence [...] seraient au fond , des ennemis de classe, pour toujours, cela fait partie des boulets mentaux dont nous devons nous défaire.
Entreprendre n'est pas sale. C'est la condition même du développement.

Nucléaire/OGM
Je trouve dommageable la pente antinucléaire qu'a épousée une partie du PS. [...] On ne peut pas, logiquement, vouloir conjurer le réchauffement climatique en se privant d'un atout. Je trouve aussi tragique les fatwas anti-OGM.

Le Parti socialiste
Ca ne signifie plus rien. Le socialisme, ça a été une merveilleuse idée, une splendide utopie. Mais c'était une utopie inventée contre le capitalisme du XIXème siècle. ! Cela ne signifie rien aujourd'hui, dans la globalisation, l'économie virtuelle, la crise écologique ! C'est devenu un mot-prison, un mot qui empêche d'avancer. Et en l'invoquant encore, nous profanons l'espoir qu'il a représenté pour nos ancêtres ! Nous n'avons plus de terre promise idéologique, acceptons-le.

Citant Clémenceau (qu'il défend), lors d'une polémique célèbre avec Jaurès
"Sans doute, vous me dominez de toute la hauteur de vos conceptions socialistes. Vous avez le pouvoir magique d'évoquer de votre baguette magique des palais de féerie. Moi, je suis le modeste ouvrier des cathédrales, qui apporte obscurément sa pierre à l'édifice auguste qu'il ne verra jamais. Au premier souffle de la réalité, le palais de féerie s'envole, tandis qu'un jour, la cathédrale républicaine lancera sa flèche dans les cieux". Ca fait longtemps que je connais cet échange. J'ai mis du temps à admettre que j'aurais plus facilement applaudi le Tigre que le fondateur de l'Humanité. Maintenant, j'assume. [fin du livre]

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Samedi 15 mars 2008

C'est un discours prononcé par Barack Obama le 8 janvier 2008, après les primaires du New Ampshire. Mis en musique par le chanteur Will.i.am, membre fondateur du groupe Black Eyed Peas, le clip est réalisé par Jesse Dylan, le fils de Bob Dylan. On y retrouve de nombreuses personnalités comme l'actrice Scarlett Johansson, Nicole Scherzinger la chanteuse des Pussycats Dolls, le chanteur John Legend, Kate Walsh de Grey’s Anatomy, Kareem Abdul Jabbar ancien basketeur, Adam Rodriguez des Experts Miami, Harold Perrineau de Lost...
Moi, ça me fait penser au fameux "Just do it", non pas le slogan d'une célèbre marque de chaussures, mais l'antienne des pères fondateurs des Etats-Unis d'Amérique...ou encore au discours de Martin Luther King, "I have a dream". Et ça me donne des frissons...

Traduction libre trouvée sur http://insidetheusa.net/ (merci !)

“C’était un principe inscrit dans les documents fondateurs qui ont déclarés le destin d’une nation.
Oui, nous pouvons.
C’était le murmure des esclaves et des abolitionnistes pendant qu’ils ouvraient la voie vers la liberté.
Oui, nous pouvons.
C’était le chant des immigrés quand ils attaquaient (la traversée) depuis de lointains rivages et des pionniers qui ont poussé vers l’ouest contre un impitoyable désert.
Oui, nous pouvons.
C’était l’appel lancé par les travailleurs qui ont formé des syndicats, par les femmes qui ont obtenu le droit de vote, par un président qui a choisi la lune comme notre nouvelle frontière, et par un Roi (référence à Martin Luther King) qui nous a emmenés au sommet de la montagne, et nous a montré la voie vers la Terre promise.
Oui nous pouvons la justice et l’égalité.
Oui, nous pouvons l’opportunité et la prospérité.
Oui, nous pouvons guérir cette nation.
Oui nous pouvons réparer ce monde.
Oui, nous pouvons.
Nous savons que la lutte à venir sera longue, mais gardez toujours à l’esprit que quels que soient les obstacles sur notre route, rien ne peut se dresser sur la voie de la puissance de millions de voix appelant à changer.
On nous a dit que nous ne pouvions pas faire cela, par un chœur de cyniques… qui ne feront que croître plus forts et plus dissonants… On nous a demandé de nous arrêter pour regarder la réalité en face. Nous avons été mis en garde contre le fait d’offrir de faux espoirs à la population de cette nation.
Mais dans l’histoire si peu probable qu’est l’Amérique, il n’y a jamais rien eu de faux dans l’espoir.
Maintenant, les espoirs de la petite fille qui va dans une école en ruines à Dillon sont les mêmes que les rêves de l’enfant qui apprend dans les rues de LA, nous nous souviendrons que quelque chose est en train de se produire en Amérique, que nous ne sommes pas aussi divisés que le suggèrent nos politiciens, que nous sommes un seul peuple, que nous sommes une seule nation, et qu’en même temps, nous allons commencer le prochain grand chapitre de l’histoire américaine avec trois mots qui vont résonner d’une côte à l’autre ; de la mer à la mer ensoleillée…
Oui. Nous. Pouvons.”

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par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Jeudi 13 septembre 2007

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Qu’on aime Allègre ou qu’on le déteste, il serait réducteur de ne voir son dernier livre, « La défaite en chantant », que comme une charge contre Ségolène Royal, comme l’a fait la plupart des journalistes paresseux et à sensations. Certes, il ne l’aime pas, c’est peu de le dire. Il a souhaité sa défaite à la présidentielle, et il la souhaite encore pour la suite…

Mais, plus globalement, Allègre, à travers son dialogue avec Dominique de Montvalon, directeur adjoint de la rédaction du Parisien, revisite toute la période 1997-2007 avec la position à la fois de témoin et d’acteur privilégié qu’il a occupée : de la composition du gouvernement Jospin à sa politique à l’Education nationale, quand il avait sous sa coupe une certaine…Ségolène Royal, de la mise en place des 35 heures à la désignation du candidat socialiste à la présidentielle, lors de laquelle il a souhaité le retour de Jospin….
Entre anecdotes, analyses et jugements souvent à l’emporte-pièce, ce témoignage nous éclaire quand même sur cette période…et sur ses coulisses. Et comme d’habitude, Allègre ne brille pas par son tact. C’est pour ça qu’on l’aime…ou qu’on le déteste.
 
Petits extraits choisis.
 
Sur le PS dans l’opposition : « L’opposition, elle doit se faire entendre. Encore faut-il qu’elle ne fasse pas n’importe quoi, comme elle l’a fait dans son programme en proposant de façon irresponsable de supprimer la loi Fillon sur les retraites. […] Si les socialistes choisissaient de voter systématiquement « contre » toute solution, ce serait pure folie. »
 
La défaite en chantant : « Ce qui m’a frappé au soir du second tour des législatives, c’est que tous ces gens avaient perdu, et pourtant tous étaient contents. C’était la défaite en chantant. »
 
Ségolène Royal :
« Ségolène a une ambition tenace. Le PS ne s’en débarrassera pas facilement. »
« Elle exploite le fait d’être une belle femme. Il ne faut quand même pas passer ce côté sous silence. »
« Je pense que le combat Ségolène Royal – Bertrand Delanoë pour le leadership du PS sera très rude. »
« Elle ne prépare rien : elle réagit. »
« Elle avait soutenu Emmanuelli dans la bataille Jospin-Emmanuelli, quand il s’était agi de désigner le candidat PS pour l’Elysée en 1995. »
« Egotique, impatiente, inconstante, incompétente. »
 
Royalisme : « Je vais vous donner, psychologiquement, ma définition du « royalisme » : ce sont des gens dont l’ambition dépasse de beaucoup les capacités et qui l’assument en toute lucidité (excepté Jean-Louis Bianco). »
 
Mea culpa vis-à-vis de Ségolène Royal : « Dans les réunions de recteurs, je lui laissais peu de place. » « J’aurais dû lui laisser faire les conférences de presse toute seule. » « J’aurais dû la faire répondre très souvent à l’Assemblée nationale en réponse aux questions orales. »
 
Lionel Jospin : « Il a été, après François Mitterrand, le seul véritable premier secrétaire du PS qui ait su organiser ce parti, et qui l’ait tenu. »
« Je peux en témoigner : quand il était premier secrétaire sous Mitterrand, Jospin avait Mitterrand tous les jours au téléphone. Il le voyait ensuite deux fois par semaine. »
« Autant Lionel est sympa, ouvert, chaleureux, autant Jospin est raide, formaliste, guindé, sensible à la flatterie. »
 
François Hollande : « Je me suis tellement trompé sur cet homme. Imaginez que Hollande, c’est moi qui l’ai remis dans le circuit de Jospin ! DSK ne manque pas une occasion de me le reprocher… »
 
Gens capables et travailleurs au PS : « Alain Rousset, Michel Destot, Paulette Guinchard-Kunstler, Alain Claes, Michel Pezet, Harlem Désir, Françoise Pérol-Dumont, Martine Lignière-Cassou, Alain Vidalis, Didier Guillaume, Christophe Sirugue, André Vezinhet et tant d’autres. »
 
Sur la gauche :
« La gauche, cela signifie d’abord qu’on ne veut pas que les inégalités entre les gens soient trop grandes… »
« La première rupture pour la gauche aujourd’hui, c’est d’abandonner l’idée que l’égalité, c’est l’uniformité. […] L’égalité, c’est de permettre à la diversité des situations et des talents d’accéder à l’excellence. […] L’avenir est aux lois-cadres, et ensuite aux adaptations contractuelles. »
 
La défaite de 2002 et ses causes :
« Quand Jospin a décidé en 2000 de remanier son gouvernement, il a commis une énorme faute. »
« Il a préféré faire entrer au gouvernement la vieille garde mitterrandienne (Fabius, Lang, Glavany). »
 
La mise en place de la carte à 20€ pour les nouveaux adhérents : « C’est Rebsamen qui a manœuvré Lang en lui faisant miroiter que cette procédure jouerait en sa faveur ! Il y a des témoins. »
 
La rencontre Sarkozy / Attali quand ce dernier est conseiller à l’Elysée :
« Sarkozy : « Vous êtes conseiller à l’Elysée. Moi, je veux être Président de la République. J’aimerais visiter l’Elysée. » Bluffé, Attali l’avait reçu à l’Elysée. »
 
Sur Sarkozy : « J’observe avec beaucoup d’intérêt et, je le dis, d’admiration les efforts de Nicolas Sarkozy pour moderniser la France. Et je l’aide discrètement dans mon domaine de compétence lorsqu’il me le demande. »
par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Lundi 10 septembre 2007

Suite à mon post sur les "militants au rabais" du PS, j'ai proposé à mon ami Rémi de réagir. Voici sa réponse ! Le débat continue.

Good night, and good luck !

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J’ai montré dans la société des socialistes que les transformations qu’ont connues les milieux laïque et catholique de gauche et les mondes associatifs et syndicaux proches du PS ont fortement affecté le recrutement des militants socialistes. Leur épuisement est pour partie à l’origine du faible renouvellement du parti. Le recrutement apparaît ainsi essentiellement endogène et les militants se révèlent bien peu représentatifs de la société dans sa diversité. Ce faible renouvellement concourt à expliquer que le fonctionnement du PS soit fortement autocentré, la rétraction des réseaux partisans allant de pair avec une clôture de l’univers militant sur lui-même et ses luttes. Ce diagnostic est largement partagé par les dirigeants socialistes, qui appellent rituellement de leurs vœux un parti aux effectifs plus étoffés et davantage à l’image de la diversité de la société française. Henri Weber écrit dans un de ses bouquins : « Les élus et les dirigeants, souvent aspirants à leur propre réélection, ne ménagent en général pas leur peine pour s’assurer le contrôle des instances de désignation : la section et la fédération. Le malthusianisme politique et le clientélisme sont deux techniques courantes de contrôle par les élus du corps électoral qui doit les désigner comme candidats. La première part de la constatation qu’une collectivité réduite se contrôle plus aisément qu’une collectivité nombreuse. Beaucoup de sections, non seulement sont rétives à tout prosélytisme mais encore pratiquent un vrai barrage à l’entrée. Le nouvel adhérent voilà l’ennemi ! Il vient perturber de savants équilibres entre notables et entre courants établis au fil des ans donc la répartition des responsabilités et des mandats. Le recrutement se fait au compte-gouttes pour remplacer les départs, en prenant toutes garanties ». De ce point de vue, la territorialisation du militantisme socialiste constitue à l’évidence un frein à l’adhésion et sans doute à la pérennité de l’engagement. Adhérer au PS c’est nécessairement s’inscrire dans un contexte local et des jeux de pouvoir emboîtés qui peuvent rebuter par leur pesanteur les nouveaux venus. Force est néanmoins de constater que les tentatives de mise en place de sections thématiques ou « hors-sol » qui rendraient sans doute le parti plus attractif n’ont pas rencontré d’échos, sauf à Paris.

Une véritable campagne d’adhésion (à 20 euros, via internet) est lancée fin 2005. Elle apparaît surtout dictée par l’imminence des échéances électorales et comme une riposte à la politique de recrutement volontariste engagée par l’UMP plus que comme le résultat d’une volonté collective et résolue d’augmenter les effectifs du parti. Appuyée par une forte communication, cette campagne est fondée sur l’offre et la valorisation d’un engagement à moindre coût (à la fois matériel et symbolique) : l’adoption du projet socialiste et la désignation du candidat à l’élection présidentielle. Près de 80 000 nouveaux adhérents viennent en six mois renforcer le PS, à la très grande surprise des dirigeants, personne ne s’y attendait et sur le plan logistique le siège a été complètement dépassé.

C’est donc une organisation fortement repliée sur elle-même qui a accueilli brutalement près de 80 000 militants, un peu à son corps défendant et sans s’être préparé à cet afflux. La procédure de recrutement par internet a contribué à réduire les coûts de l’adhésion : coût matériel (le prix de l’adhésion), logistique (la lenteur de la voie habituelle), symbolique et relationnel (l’épreuve de la rencontre, du parrainage, de la prise de contact est supprimée ou différée). Les côuts de sortie anticipés apparaissent faibles : l’adhérent n’a pas vraiment de comptes à rendre. Dans le même temps les profits tirés de l’adhésion sont rapides et tangibles (possibilité de prendre part à la désignation du candidat fortement médiatisée et dramatisée), les gratifications symboliques sont bien palpables (fonction de « réparation » psychologique de la culpabilité née du 21 avril 2002…). Une enquête en cours dans la fédération du Nord confirmée par d’autres études montre que 90% des nouveaux adhérents n’ont pas du tout participé à la campagne !!
 
Voilà pour l’analyse sociologique. Maintenant voilà mon opinion de militant qui n’engage que moi et que je veux dissocier. Qu’il y ait un problème de représentativité sociale du PS (Boris en convient) n’implique pas forcément que l’on ouvre « grandes » les portes ouvertes du parti. Il faut réguler les flux d’adhésions un minimum. Les nouveaux adhérents doivent avoir des droits mais aussi des devoirs… Ce que le PS encourage ici c’est le consumérisme et des militants sans bagage politique et idéologique influencés par les sondages et les médias… avec quel résultat… si les socialistes avaient moins pris en compte les sondages à court terme (et les nouveaux adhérents y ont beaucoup contribué), les résultats auraient sans doute été différents aux dernières élections. Je pense que Fabius et DSK auraient fait une bien meilleure campagne. Ce que le PS doit faire c’est redéfinir son statut de militant mais sans dévaluer le militantisme lui-même ! On ne peut pas simplement voter et ne pas militer ! Le PS traite l’individualisme comme le libéralisme : en s’y soumettant !

Rémi LEFEBVRE
par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Mardi 4 septembre 2007

Personne ne doute sérieusement que le PS ne reviendra au pouvoir dans la durée (style 3 élections présidentielles d'affilée, un rêve...) que s'il renouvelle profondément ses effectifs et son mode d'organisation. Car il ne fait mystère pour personne que le PS est avant tout un parti d'élus, dans lequel les fonctionnaires sont surreprésentés. D'où une incapacité viscérale à penser l'autre, à penser la société globalement :
- les catégories populaires d'abord, car il y a très peu d'ouvriers et d'employés au PS (à part des employés municipaux des mairies socialistes...). Encore qu'à y regarder de plus près, jamais dans l'histoire le PS n'a été un parti "ouvrier", ni par ses leaders (Jaurès, philosophe, intellectuel et journaliste, Blum, grand commis de l'Etat, Mitterrand, issue de la bourgeoisie catholique), ni par ses effectifs qui n'ont jamais dépassé quelques centaines milliers d'adhérents (même en 1936), soit une paille à côté de ce que font d'autres partis sociaux-démocrates européens, notamment en Allemagne. Donc, dire qu'il faut "renouer avec les catégories populaires" relève en grande partie de la malhonnêteté intellectuelle, l'idéalisation d'un âge d'or qui n'a jamais existé.
- les salariés du privé et même les chefs d'entreprises : parce que ce sont aussi eux qui produisent la richesse et les emplois, grâce auxquels les impôts rentrent et financent l'éducation, la recherche, la police, la justice, ... Or, parler du privé dans une réunion de section (dans mon souvenir...), au mieux on passera au sujet suivant (le compte-rendu du conseil municipal par exemple), au pire on vous traitera de sarkozyste... Car l'entreprise au PS demeure en règle générale impensée. Les dirigeants du PS ont d'ailleurs très peu versé dans l'économie, l'argent ayant toujours eu une odeur de soufre dans une forme de christiano-marxisme...
Tout ça pour en venir à deux articles récents publiés par mon ami Rémi Lefebvre, l'un dans le Nouvel Obs' relatif à la sortie du livre d'Allègre (que j'ai acheté et commencé), l'autre dans Le Monde sur la rénovation ou l'art d'exorciser les défaites.
Dans le Nouvel Obs', il présente le PS comme "un parti d'élus dont les réseaux sociaux sont très affaiblis et qui n'est plus du tout en prise avec les catégories populaires, les enseignants ou les intellectuels." D'accord, à ceci près que le PS ne serait pas beaucoup plus avancé s'il renouait (et j'ai essayé de montrer que le "re"-nouer était une imposture) seulement avec ces catégories. Résumer la France à ses profs et ses ouvriers relève d'une vision du surmoi marxiste-révolutionnaire qui fait du privé quelque chose au mieux d'impensé, au pire du mal absolu !
Ce qui m'amène à l'article du Monde, dans lequel Rémi met en cause les militants socialistes "au rabais", ceux qui ont adhéré à 20€ pour pouvoir désigner le candidat à la présidentielle. Et là moi pas d'accord mon ami Rémi. D'abord parce que parler de militants "au rabais" dans un parti déjà exsangue, c'est un peu fort de café. Ensuite parce que cette appellation implique une catégorisation, voire une hiérarchisation entre de bons et de mauvais militants.
Ainsi, il y aurait d'une part les bons militants, élus cumulards prêchant la bonne parole d'un côté, ouvriers ou employés municipaux de l'autre, tractant et collant sans trop l'ouvrir en réunion de section.
Et il y aurait d'autre part les méchants-nouveaux militants, qui ne collent pas, ne tractent pas, résument leur activité militante à voter pour Royal (!) en interne, qui ne rêvent pas forcément de devenir élus ou d'obtenir par les réseaux du PS un logement ou un emploi... Ouh les vilains ! Ils seraient simplement là pour apporter un peu de leur temps, un peu de leurs idées, un peu de leur énergie...
Il faudrait alors fixer les critères qui distinguent les bons militants des militants "au rabais", ou alors, pourquoi pas, faire du PS une société initiatique dans laquelle on pourrait séparer les bons des mauvais militants, ceux qui ont le droit de parler et ceux qui n'ont pas le droit de parler...
Et là je pose la question naïvement (je suis un grand naïf, c'est bien connu) : le PS peut-il se payer le luxe de catégoriser ses militants au moment où tout le monde parle d'ouvrir en grand les portes et les fenêtres ?
Je ne crois pas...
Good night Rémi, and good luck !

P.S. (arf !) : à ce sujet, lire le post de mon ami Marc Vasseur...

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Lundi 13 août 2007

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Pour Rosa Luxemburg, la grève est la lutte par excellence. Elle distingue cependant la grève de démonstration - suite aux appels d'un syndicat ou d'un parti - de la grève de lutte, qui naît spontanément dans une entreprise par l'exaspération des ouvriers face à leur condition.
Pour elle, la grève générale, prélude de la Révolution, ne se décrète pas. Elle est le fruit de l'accumulation de micro-mouvements entamés de longue date. Une fois déclenchée, il revient à l'avant-garde éclairée du prolétariat d'accompagner cette grève générale.
A travers son analyse sur la grève, Rosa critique sévèrement la social-démocratie allemande qu'elle juge théorique (grève de démonstration avant tout) et pas du tout concrète et vivante (grève de lutte). Ainsi, pour elle, les socialistes allemands se fourvoient en attendant vainement que les conditions soient réunies pour déclencher une grève générale, alors que c'est pas l'encouragement à faire des grèves que se créeront les conditions de la grève générale qui doit renverser le capitalisme.
Il est paradoxal de constater que Rosa prédise d'un côté l'insurrection populaire au cas où le suffrage universel serait supprimé en Allemagne et qu'en même temps ne parvienne pas à penser et à théoriser la démocratie et le parlementarisme dans le cadre de la lutte prolétarienne.
A travers ses écrits, on comprend mieux le fonctionnement inconscient de militants d'extrême gauche français qui semblent proches de la transe durant les manifestations. A ceci prêt que si, dans la Russie tsariste du début du siècle dernier, la grève était le seul moyen de lutte, ce n'est pas le cas dans la France démocratique du début du 21ème siècle... Merci Rosa pour toutes ces réflexions !
Good night, and good luck !

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Lundi 6 août 2007

Rosa-Luxemburg-bureau.jpg

L'infaillibilité pontificale, c'est ce précepte qui affirme que tout ce que dit le Pape est forcément vrai puisqu'il le tient de Dieu lui-même. Alors forcément, on comprend que les cathos soient parfois chatouilleux quand on s'en prend à sa Sainteté, ce qui est à la fois une erreur et un blasphème.
Le marxisme, c'est un peu pareil : c'est scientifiquement vrai ! Ainsi, s'en prendre à tout ou partie de la doctrine est forcément le fait de bourgeois ou de traîtres, et nécessairement faux... C'est bien ce qui transparaît en lisant Rosa Luxemburg, notamment quand elle s'en prend à son camarade Bernstein qui ose mettre en question certains dogmes de Karl.
L'infaillibilité marxiste va jusqu'à prouver que même quand il a tort, il a raison !! Ainsi, une lutte type grève qui s'achève sur une défaite n'est pas une défaite, mais une étape indispensable vers la victoire finale. A supposer qu'effectivement, une défaite provisoire puisse parfois permette une victoire ultérieure (comme aurait dit De Gaulle...), ce dogme empêche absolument toute analyse critique de la stratégie mise en oeuvre et sur le dogme d'une façon générale. Elle porte en elle a priori le soupçon de trahison sur tous ceux qui essayent de comprendre et d'analyser, prélude des pires dérives de l'URSS stalinienne.
Les chrétiens ont Jésus et la Bible, les marxistes ont Marx et le Capital... Le Capital, opium des prolétaires ?
Good night and good luck !

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Vendredi 3 août 2007

Un article un peu long mais ô combien lumineux du très grand Jacques Julliard, qui fait partie en France de ces quelques personnes qui ont une grande hauteur de vue... A méditer...

Socialistes, croyez-vous encore à vos mythes?

I. Vers le bipartisme

Quand la mousse de l'événement sera retombée. Quand les municipales du printemps prochain constitueront, comme dira alors «le Monde», un sérieux avertissement pour la majorité. Quand Nicolas Sarkozy, lassé de jouer les Fregoli de la politique française, se résignera à n'être plus que le président de la République. Alors on s'apercevra que la principale nouveauté de la récente présidentielle aura été l'entrée de la France dans le bipartisme...
La Ve République nous avait donné la bipolarisation, c'est-à-dire l'organisation de la vie politique autour de deux pôles, la majorité et l'opposition. Les électeurs sont en train de nous donner le bipartisme, c'est-à-dire la réduction de chacun des deux camps, la gauche et la droite, à un parti dominant.
Contrairement à ce que l'on prétend, la France n'est pas le pays qui a inventé la division de l'opinion en deux camps. Son idéal n'est pas le bipartisme, mais l'union nationale. L'Ancien Régime et la Révolution sont sur ce point d'accord : la seule question, mais elle est décisive, est de décider autour duquel des deux camps se fera cette union. Des grandes démocraties occidentales, la France a été la plus lente et la plus réticente à admettre que la division de la robe sans couture de l'unité nationale n'est pas un accident dû au mauvais vouloir de quelques «séparatistes» (le mot est de De Gaulle), mais une situation normale. 
La dernière présidentielle, si elle est confirmée par les prochains scrutins, aura été une étape décisive dans la normalisation bipartisane. C'est la droite qui est la plus avancée dans cette voie. Nicolas Sarkozy a parachevé la démarche unificatrice qui avait été avant lui celle de De Gaulle. Il faut se souvenir que tout au long de la IIIe et de la IVe République la droite n'était pas la grande cathédrale que redoutent ses adversaires, mais une série de chapelles rivales, d'autant plus irréductibles les unes aux autres qu'elles n'étaient guère séparées que par la concurrence des personnes.
Quel ménage aujourd'hui, et quel remue-ménage ! Les petites sensibilités narcissiques qu'incarnaient encore à la veille de la présidentielle les noms de Bruno Mégret, Christine Boutin, Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan ont pratiquement disparu. Rien ne dit qu'elles ne réapparaîtront pas, mais il y faudra du temps, et l'occasion. Ne restait donc que le Front national.
L'idée d'un ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration fut l'arme absolue qui laissa Le Pen sans voix, à tous les sens du mot. Affaibli par le vieillissement de son leader, dépossédé de son jingle xénophobe, le Front national ne disparaîtra pas ; mais il redeviendra sans doute ce qu'il était avant la grande chevauchée de Le Pen un petit noyau antirépublicain, aux tendances intégristes, xénophobes, voire fascisantes. Sarkozy, aidé par les circonstances, a réduit l'extrême-droite comme Mitterrand avait réduit le communisme. Où il est démontré une fois de plus que c'est à chacun des camps de s'occuper de ses extrémistes. 
A gauche, le travail n'est pas aussi avancé, mais la tendance est la même.
Le Parti communiste, faute d'avoir rompu à temps avec son passé stalinien, est entraîné dans un inexorable processus d'annihilation. D'ores et déjà, il n'est plus guère qu'une amicale d'élus municipaux des banlieues. Comme disent les médecins, le pronostic vital est engagé. Qui se plaindrait, hormis quelques vieux nostalgiques, de la disparition de cette survivance ?
Le gauchisme, plus dynamique en raison même du coma dépassé du PC, a eu le tort de croire que le non au référendum européen de 2005 pouvait constituer la base d'un front du refus. La présidentielle et les législatives ont démontré que c'est désormais son insignifiance intellectuelle et politique qui est en cause. Pour comprendre les différences entre les trois groupuscules trotskistes qui se partagent une poignée d'irréductibles et une autre de populistes, il faut se référer au programme de transition deTrotski, datant de 1939... Cette déroute de l'intelligence ne peut être compensée par l'intense noyautage des «luttes», dont les flambées intermittentes ne sauraient tenir lieu de critique sociale cohérente.
Chez les altermondialistes enfin, le narcissisme, l'intrigue, voire la corruption, ont dégradé de façon durable un mouvement fondé sur des bases réelles, mais incapable de comprendre que l'ancien tiers-monde se rue dans le capitalisme et voit dans la mondialisation sa chance historique. Que pèse la critique de celle-ci face à un taux de croissance à deux chiffres comme celui de la Chine ?
Quant aux Verts, ils ont fait un naufrage que l'on peut croire définitif. On dirait qu'ils s'acharnent à ne retenir du grand souffle écologique qui balaie aujourd'hui la planète que ses absurdités. Comment comprendre leur acharnement anti-nucléaire, quand le nucléaire est la principale source d énergie sans responsabilité dans l'effet de serre et le réchauffement de la planète ? Comment comprendre leur obsession, peu crédible scientifiquement, à propos des OGM ? Nicolas Hulot, en démocratisant les thèmes écologiques, a porté à l'écologie politique un coup fatal : de même que la banalisation des thèses du Front national a eu pour conséquence l'effondrement du FN comme formation séparée et monothématique, de même la banalisation des thèmes écolos, favorisée par les accidents climatiques actuels, a eu pour conséquence le naufrage des écolos comme formation séparée et monothématique.
Un mot enfin à propos du centre. François Bayrou a évidemment raison lorsqu'il affirme que le système électoral actuel l'empêche de se développer. A condition d'ajouter que la famille centriste existe certes ; mais que c'est une petite famille, riche dans le meilleur des cas, de 10 à 15% des suffrages. Valéry Giscard d'Estaing a dit un jour que la France voulait être «gouvernée au centre». Rien de plus vrai, les premiers pas de Nicolas Sarkozy en sont la preuve. Mais il n'a pas dit que la France voulait être gouvernée par le centre. Paradoxalement, le gouvernement «au centre» implique un centre faible, qui permette à la gauche d'appuyer sur son aile droite, et à la droite d'avancer sur son aile gauche. En France comme en Allemagne, le centre est condamné à rester un parti d'appoint.
Le résultat de cette évolution ? C'est que jamais un grand parti réformateur de gauche n'avait eu une voie aussi dégagée. Plus de rival sérieux dans son camp, plus d'idéologie concurrente, plus d'objection à une politique franchement réformiste. Le PS a été battu une troisième fois; mais son avenir n'est nullement menacé.

II. La défaite intellectuelle et morale du Parti socialiste

Alors, pourquoi ces propos désabusés, ces mines attristées, ce moral en berne? Parce que partisans, adversaires ou observateurs partagent le sentiment que le mal est plus profond qu'une défaite conjoncturelle, fût-elle répétée deux fois, parce que chacun sait bien au fond que cette défaite n'est pas volée et que le Parti l'a bien cherchée. C'est lui, plus que Sarkozy, qui en est responsable. Cette défaillance est la sienne, c'est une défaite intellectuelle et morale.
Il y a longtemps que le PS a cessé de penser et de croire ce qu'il raconte. Depuis 1989 au moins, date de la chute du Mur, la gauche tout entière est malade, parce qu'elle n'a pas su analyser ni tirer les conséquences de ce qui s'est passé. On dira que c'est injuste : les sociaux-démocrates n'ont-ils pas été toujours et partout la cible préférée des staliniens victorieux ? Alors, pourquoi devraient-ils être emportés dans le naufrage de leurs pires ennemis ? Parce que, qu'on le veuille ou non, le socialisme (comme la Révolution, au dire de Clémenceau) est un bloc ! Que le communisme a été pendant près d'un siècle l'horizon d'attente du mouvement ouvrier tout entier ; Jaurès et Blum, les deux parangons du réformisme, n'ont cessé de proclamer que seules les méthodes séparaient les réalistes des maximalistes.
On dira encore que tout cela est de l'histoire ancienne et que la jeunesse d'aujourd'hui a d'autres soucis. Erreur ! On ne vote jamais sur un programme, on vote sur une pensée, et même sur une arrière-pensée. Il n'est pas besoin de relever la tête bien haut pour savoir que l'horizon est bouché, que l'orient rouge est délavé, que le soleil levant s'est drapé de deuil. Or le fait est que jamais les socialistes ne nous ont donné une analyse convaincante de ce qui s'était passé, qui engageait pourtant la vision qu'ils se faisaient de l'avenir. Il ne se passe pas d'année que l'on ne publie deux ou trois livres importants sur le nazisme, et tant mieux. Le ventre est encore fécond... Celui du communisme, la tentation du stalinisme, serait-il donc définitivement stérile ? Qu'en savons-nous ? En dehors du livre de François Furet, «le Passé d'une illusion», rien qui nous explique pourquoi l'un des plus beaux rêves de l'humanité s'est transformé en un immense cauchemar. Devons-nous nous contenter de l'explication triviale en termes de déviation (le trop fameux «culte de la personnalité ») ou s'agit-il d'un vice intrinsèque ? Par exemple, la concentration des pouvoirs politiques, économiques, sociaux, culturels entre les mêmes mains. Comment se désintéresser d'une aventure qui ne fut jamais la nôtre, mais qui porte au moins le même nom que la nôtre ? Et l'on voudrait que ce pieux désintérêt soit sans conséquence sur notre subconscient et celui de notre électorat ? Quand parut «l'Archipel du Goulag», un socialiste dont par bonheur j'ai oublié le nom déclara que ce Soljénitsyne allait nous faire perdre les cantonales !
Il y a une vingtaine d'années, Paul Veyne écrivit un petit essai pénétrant, intitulé «Les Grecs croyaient-ils à leurs mythes ?» Le grand historien de l'Antiquité répondait : oui et non. Oui en public, non dans leur for intérieur. On célébrait solennellement le culte de Zeus ou d'Athéna, mais rentré chez soi on se gardait bien d'adhérer à ces blagues. C'est pourquoi je pose la question: les socialistes croient-ils encore à leurs mythes tels que la lutte des classes - encore fort à la mode du temps de Mitterrand -, le prolétariat, la nationalisation des moyens de production et j'en passe ? Si l'on n'y croit plus, alors qu'on le dise, et surtout que l'on en tire les conséquences. Trop longtemps on a cru pouvoir gagner la partie au moyen d'un logiciel que l'on savait faux. Pour un parti qui se veut le parti de l'intelligence, quel mépris de l'intelligence ! Quelle dénégation du réel! Quel mépris de l'électeur ! Et l'on voudrait que celui- ci ne s'en aperçût pas ?
Le plus grave, c'est que cette démission de l'intelligence a produit ce qu'il faut bien appeler une imposture morale. Au propre comme au figuré, les socialistes n'habitent pas où ils militent, ils ne mettent pas leurs enfants dans les écoles qu'ils défendent, la plupart ne vivent pas comme ils sont censés vivre. L'écart entre l'être et paraître est devenu le principal handicap social du parti, et le mérite de Ségolène Royal est d'avoir pratiqué ce qu'en d'autres temps on appelait le parler-vrai.
Mais on ne comble pas en quelques semaines des décennies de mensonge. Ce que les électeurs ont salué chez elle, c'est le courage, selon le mot de Bernstein, d'oser paraître ce qu'elle était. Sans doute son programme a-t-il manqué d'ambition et de lignes générales. Mais qui, au Parti socialiste, après avoir adhéré à la synthèse du Mans, synthèse en effet de tous les mensonges, de toutes les impostures et de toutes les démagogies, aurait le front de lui reprocher d'avoir manqué à la cohérence ?
Quels masques de cire que ces éléphants ! La preuve, c'est leur débandade actuelle. Les mêmes qui multipliaient les réserves à l'égard du rapprochement de Ségolène avec Bayrou entre les deux tours de la présidentielle ne trouvent pas mauvais un mois plus tard de se jeter dans les bras de Sarkozy. Sans parachute ! Tel qui déclarait il y a quelques jours vouloir se consacrer entièrement à la rénovation du socialisme décide tout à trac de partir à New York rénover le FMI ! Une fois de plus, on constate que les morales rigides sont moins solides que les morales souples. Une fois franchie la ligne de barbelé de l'union de la gauche, on capitule en rase campagne devant la droite et on laisse l'adversaire occuper en vainqueur le champ de bataille. Du jour au lendemain, toutes les objections à la collaboration de classe ont cédé, et l'on passe sans transition du programme suicidaire du Mans à l'acceptation ravie du pouvoir personnel de Sarkozy. Faut-il rappeler le ralliement de la majorité de la chambre du Front populaire à un autre pouvoir personnel, auquel je me garderai bien de le comparer ? Le seul point commun, c'est la faillite morale des socialistes.

III. Pour un nouveau départ

Il ne m'appartient pas de décider à la place des socialistes leurs orientations pour l'avenir. Que cent fleurs fleurissent, que les bouches s'ouvrent et que la vérité soit celle de ceux qui n'ont pas flanché ! Car le peuple a tenu ! Contre la télé sarkozyste, contre la bourgeoisie triomphante, contre les dirigeants socialistes défaitistes. Les électeurs sont toujours là, et on ne me fera pas croire qu'un parti qui recueille 47% des voix au second tour de la présidentielle est un parti à l'agonie. Nicolas Sarkozy le sait bien, qui pratique l'ouverture à bride abattue. Mais l'ouverture aux éléphants, pas au peuple ! Aux premiers, des places, des fauteuils. Aux autres, la franchise sur la Sécurité sociale, en attendant la TVA du même nom. Je me contenterai donc de quelques directions de recherche.
a) Ne pas se payer de mots. Ceux qui se rallient à l'idée sociale-démocrate quand celle-ci a cessé d'être opératoire sont des gribouilles. Faute d'un syndicalisme puissant et unifié, la social-démocratie n'est qu'un slogan creux. Quand l'Etat-providence est en crise, on ne peut se contenter de crier : vive l'Etat-providence ! Il faut repenser l'ensemble de la philosophie du socialisme, inventer un socialisme de marché pour faire face à la paupérisation d'une partie de la population, au défi de la mondialisation et à l'ardente obligation d'une économie du savoir.
b) Réunifier la gauche. Les divergences idéologiques dont on faisait hier grand cas n'ont plus grand sens. Le PS doit se penser désormais comme le parti de toute la gauche. Comment définir une ligne d'action acceptable par les classes moyennes et les bobos, qui sont libéraux, les fonctionnaires, qui sont jacobins, les ouvriers et les employés, qui sont sociaux-démocrates, les intellectuels, artistes et gens de la communication, qui sont libertaires ? La solution n'est pas dans une improbable «synthèse», dans la tradition de ces grands rassemblements de cocus que l'on nomme congrès, elle est dans la définition, au ras du réel et au plus près de l'idéal, d'une ligne nouvelle et fédératrice.
c) Penser la démocratie d'opinion. La démocratie participative n'est pas une solution, elle est d'abord un problème. Elle est même le problème. Les trois principaux candidats de la récente présidentielle ont compris que l'irruption de l'opinion sous toutes ses formes (médias traditionnels, réunions et manifestations publiques, internet et blogs) change les conditions d'exercice de la démocratie. L'opinion peut être, comme la langue d'Esope, la meilleure ou la pire des choses. Elle peut être cette traînée, cette fille publique dont parlait un jour Me Moro-Giafferi, prête à suivre n'importe quel beau parleur. Elle peut être aussi la forme enfin trouvée de la participation du peuple à la politique, c'est- à-dire au lieu où se traitent ses propres affaires.
d) Résister à la ploutocratisation de la société qui est en marche. Il n'est que de regarder ce qui se passe aujourd'hui dans la presse et les médias audiovisuels, cette formidable concentration du pouvoir journalistique en des mains qui n'ont rien à voir avec le journalisme, pour se convaincre qu'il s'agit là d'une des grandes batailles des années à venir. Ce n'est pas en soi le pouvoir de l'argent qu'il faut combattre, c'est la capacité de l'argent d'exercer le pouvoir là où il n'a rien à faire : dans la science, l'art, l'éducation, la religion, le sport, l'information. En un mot, dans tout ce qui relève de la vie intellectuelle. Notre esprit n'est pas une marchandise !
Je conclus. Les forces de gauche sont aujourd'hui face à un défi inattendu : la contradiction entre la diversification de la société, que n'avait pas prévue Marx, et la massification de l'opinion publique, qu'avait très bien prévue Tocqueville.
C'est la paresse intellectuelle qui a engendré l'effondrement de la morale socialiste. Il faut, en pensant aux générations futures, faire la révolution culturelle du socialisme français. Sinon, la jeunesse se détournera de lui. Il ne faut pas que les fils désespèrent parce que leurs pères ont menti.
Ceci est le texte, très légèrement amendé, de l'intervention de Jacques Julliard en tant qu'observateur externe, lors de la rencontre organisée par Ségolène Royal le 16 juillet dernier, à Paris, afin de tirer les premières leçons de l'élection présidentielle.

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Lundi 30 juillet 2007

Le marxisme a ceci de merveilleux qu'il prédit scientifiquement le déclin du capitalisme et la victoire de la classe ouvrière (un peu comme les lessives qui lavent plus blanc que blanc). Formidable espoir pour les masses exploitées fin 19ème - début 20ème que l'idée selon laquelle leur victoire ne serait qu'une question de temps, et que le but des organisations ouvrières était de la hâter.
En lisant Rosa Luxemburg dans le texte, j'en suis naturellement venu à me poser la question de savoir ce qu'était la Révolution. Premier élément de réponse : c'est le "renversement de l'ordre bourgeois ". Certes... Les moyens pour y parvenir ? La "lutte" quotidienne contre l'exploitation capitaliste, à la fois dans le cadre de la démocratie électorale - Rosa mesure aussi les rapports de force en comptant les bulletins de vote et considère que la démocratie est un moyen d'éducation des masses - et syndicale (notamment par le biais des grèves, nous y reviendrons dans un prochain post). 
Mais tata Rosa, c'est quoi la Révolution, au-delà du renversement de l'ordre bourgeois ? Est-ce que ça veut dire qu'on nationalise tous les moyens de production, des banques aux charbonnages en passant par les boulangeries ?
La question qu'on peut se poser, c'est de savoir, au-delà du changement de mode de production ou du passage d'un ordre à un autre, ce que la Révolution change pour les masses. Auront-elles plus à manger ? Des maisons plus confortables ? Des écoles et des universités au top ? Un accès gratuit à la culture ? Une meilleure sécurité sociale ? Y aura-t-il une meilleure égalité entre femmes et hommes ? etc.
Et là, Rosa semble sèche. Elle est muette sur la question, comme s'il n'existait pas de "programme de gouvernement révolutionnaire", comme si la révolution était une fin en soi, une abstraction, un tour de magie qui résoudrait d'un coup tous les problèmes...
En réfléchissant, je me dis aussi que le risque d'afficher des revendications claires à la révolution, c'est de mettre en lumière qu'elles peuvent au moins en partie être mises en oeuvre par la réforme. Et le marxisme ne serait plus le marxisme s'il pouvait se réaliser sans la révolution.
Good night Rosa, and good luck...

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Lundi 23 juillet 2007

13-Rosa-Luxemburg-mitte.jpg

 J'ai eu l'occasion de longs tête à tête avec Rosa Luxemburg ces derniers temps, suite à l'acquisition d'un de ses livres peu avant mon départ de Lille, du côté de chez Morel et de la Vieille Bourse... Dans mes souvenirs de collégien, Rosa Luxemburg était indissociable de Karl Liebkencht, des Spartakistes de l'après Première Guerre Mondiale. J'ai toujours pensé qu'ils étaient amants, parce que des révolutionnaires sans histoire d'amour, ce ne sont pas vraiment des révolutionnaires, vous en conviendrez.
La "chance" de Rosa - socialiste pur sucre (au sens "communiste" du terme) - si j'ose dire, c'est sans doute de n'avoir pas connu trop longtemps les évolutions de la Russie, devenue URSS après la Révolution de 1917. On ne peut s'empêcher de faire de la politique fiction : qu'aurait-elle dit de Lénine, Staline, Trotski et de leur action ? Que dirait-elle aujourd'hui d'une extrême gauche française qui compte pratiquement plus de tendances que de militants ? Aurait-elle appelé à voter Chirac ou à "faire barage à l'extrême droite" en 2002 ? Ca restera sans réponse...
Néanmoins, ce n'est pas parce qu'elle n'est plus là qu'on ne peut pas discuter de sa pensée.
Rosa Luxemburg, c'est d'abord la défense de l'orthodoxie marxiste face aux tentations "opportunistes" d'une part (représentées par Bernstein notamment), anarchistes d'autre part. Par "opportunistes", il faut comprendre les socialistes qui, en Allemagne du début du XXème siècle, participent à la vie démocratique et croient au réformisme comme moyen d'accomplissement du socialisme sans qu'une Révolution violente soit forcément nécessaire. Pour elle, la démocratie n'est qu'un moyen, une étape, un entraînement qui permet l'éducation des masses vers la révolution :
"La démocratie est nécessaire voire indispensable pour la classe ouvrière parce qu'elle crée les formes politiques (auto-administration, droit de vote, etc.) qui serviront au prolétariat de tremplin et de soutien dans sa lutte pour la transformation révolutionnaire de la société bourgeoise."
On ne peut cependant que s'étonner de son incapacité à penser l'individu, qu'il soit ouvrier ou bourgeois. Car si les classes sociales existent, les individus aussi... Pour elle, appartenance sociale et opinions sont indissociables. De ce point de vue, un bourgeois ne peut être qu'un traître ou un adversaire de la classe ouvrière. Pas sûr qu'avec un discours comme celui-là, avec les classes moyennes, la gauche puisse un jour revenir au pouvoir.
Elle se fait donc fort de démonter l'argumentation bernsteinienne point par point. Or, force est de constater que Bernstein avait plutôt vu juste : la crise et la disparition du capitalisme, annoncées par le marxisme scientifique, ne viennent pas. Et encore, à l'époque (début XXème), n'avait-on pas encore vécu l'expérience soviétique, nord-coréenne, chinoise ou cubaine... Bernstein avait déjà analysé la capacité du capitalisme à s'adapter, à muter : multiplication des PME (et non pas seulement concentration des entreprises), développement du crédit, etc. On ne saurait lui donner totalement tort aujourd'hui.
Idem pour la baisse tendancielle du taux de profit, antienne marxiste (en gros, plus ça avance, plus le capital se concentre mais moins il fait de profits : donc la crise est inéluctable)
Pourtant, rendons à Rosa ce qui appartient à Rosa : c'est une réformiste dans ce sens qu'elle veut que la lutte aboutisse à l'amélioration de la situation des travailleurs jour après jour.
Dans mes prochains tête à tête avec elle : "dis-moi Rosa, c'est quoi la révolution ?", "l'infaillibilité pontificale et l'infaillibilité marxiste" et la grève dans tous ses états.
Good night, and good luck...

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Mémoire histoire

Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...

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