Avec les horreurs qu'on voit à la télé, on pense avoir tout vu : Auschwitz, le Rwanda, l'Irak... On se dit qu'on est blindé, qu'on peut tout regarder, tout entendre, tout imaginer. C'est ce que je pensais aussi...
L'excision, j'en avais déjà entendu parler avant la conférence à laquelle j'ai assisté le 11 décembre dernier, à l'invitation de mon ami Richard Matis, gynéco-obstétricien. Mais je ne voyais pas ça comme ça.
Je peux dire sans mentir que j'ai pris un grand coup dans la gueule. J'ai hésité à mettre la photo qui va suivre, mais "il faut bien regarder ces choses en face puisque c'est la société qui les a faites" (Victor Hugo, Les Misérables).

Et encore, vous ne voyez que la photo, vous n'avez pas vu le film, vous n'avez pas entendu les cris. Quand je vois cette petite fille, je vois Valentine, forcément.
L'excision, c'est 130.000.000 de filles et de femmes dans le monde, c'est 3.000 filles et femmes dans le Nord-Pas de Calais excisées ou qui risquent de l'être. En Egypte, 98% des femmes sont excisées. Dans le monde, 100.000 femmes meurent chaque année des conséquences de l'excision.
Mais au-delà des chiffres, il y a une réalité : des fillettes qui meurent des suites de leur excision, des jeunes femmes qui souffrent problèmes gynécologiques, dans leurs relations sexuelles, à l'accouchement...
Si l'excision a une origine traditionnelle, aucune religion ne la prescrit pourtant : elle est ainsi pratiquée par des coptes, des musulmans, des animistes...
On évoque au départ le rôle des hommes qui partaient chasser ou travailler longtemps, et qui pensaient que l'absence de plaisir chez leur femme les empêcherait d'avoir des relations avec d'autres hommes... Explication qui a sans aucun doute un vrai fondement, mais qui n'est pas suffisante pour appréhender la complexité du problème.
Car en réalité, ce sont des mères ou des grand-mères qui excisent leurs filles ou leurs petites-filles, hors de la présence des hommes, qui, pour certains, n'imaginent pas la réalité de ce qui est vécu par les excisées...
L'excision, c'est aussi un aspect économique puisque l'exciseuse est une femme qui se fait payer sa "prestation". Combattre l'excision, cela veut donc dire aussi trouver du travail aux anciennes exciseuses. C'est ce à quoi travaillent certaines associations, qui organisent des "cérémonies des couteaux" durant lesquelles les exciseuses viennent brûler leurs instruments. Elles sont ensuite accompagnées pour trouver un emploi.
Aujourd'hui, de plus en plus de pays africains ont légiféré contre l'excision, qui reste néanmoins une pratique répandue mais en diminution constante. Cependant, certaines populations immigrées, en France, ont tendance à la pratiquer comme on se raccroche à ses racines.
La chirurgie a fait d'énormes progrès également, puisqu'on est capable, selon un protocole aujourd'hui rodé, de "réparer" les femmes excisées. Mais l'intervention de psychologues et de sexologues se révèle également nécessaire, car l'excision n'est pas qu'une mutilation physique...
Le matin de cette fameuse conférence, je sortais d'une négociation syndicale sur la revalorisation des régimes indemnitaires à la communauté urbaine...cela m'a semblé d'un coup bien futile.
Good night, and good luck.
Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...