
(un SS lâche ses chiens sur un juif)
"Les Bienveillantes" est un livre a priori assez extraordinaire. Cet enfoiré de Jonathan Littell, 39 ans et du lait au bout de son nez, pond donc un pavé de quelque 900 pages après 6 ans (ou 8?) de recherches sur la 2ème guerre mondiale en général, et les nazis en particulier. C'est l'histoire du génocide vu par un SS.
J'ai commencé, et je trouve ça brillant. Mais des questions, ça en m'en pose dès l'introduction ! En voici en vrac quelques unes :
* Sachant qu'on a coutume de dire qu'il y a eu 6 millions de juifs tués pendant la Shoah, qui est véritbalement capable de se représenter, qui a pris 5 vraies minutes de sa vie pour essayer de se représenter ce que ce nombre signifiait ? Qui a véritablement pris 5 minutes pour essayer d'imaginer ne serait-ce que 6 de ces proches gazés, là étendus devant lui ?
* Qui est responsable du gazage des juifs ? Sont-ce les policiers (parfois français) qui les ont arrêtés ? Le conducteur de train qui les a emmenés au camp de la mort ? Les SS qui les ont fait déshabiller ? La personne qui a ouvert l'arrivée du Ziklon B ? Ce qui veut aussi dire : est-ce que si l'un des anneaux de cette chaîne avait refusé d'exécuter les ordres, le processus n'aurait pas eu lieu ? Peut-on établir une hiérarchie dans les responsabilités du type : le conducteur de train c'est pas très grave, les SS qui les ont fait déshabiller c'est grave, ceux qui ont tourné le robinet c'est gravissime, ceux qui ont ramassé les corps n'avaient pas le choix, tout comme ceux qui les ont brûlés... Ces acteurs étaient-ils des fous violents habités par l'idéologie nazie ou des types ordinaires ?
* On a jugé les nazis après la guerre au tribunal de Nüremberg en créant a posteriori la notion de crime contre l'humanité. Est-ce normal vis-à-vis du principe juridique de non-rétroactivité ? On en a condamnés certains et acquittés d'autres qui étaient tout aussi coupables. La justice a-t-elle été juste ? (sans même parler de la peine de mort...)
* La loi sur "le rôle positif de la colonisation" a fait l'objet d'un débat houleux : la loi doit-elle dire l'histoire ? Y a-t-il une histoire officielle ? Et les historiens dans tout ça ? Mais alors, peut-on condamner un négationniste au nom d'une histoire officielle ? La justice doit-elle juger l'histoire ?
* des associations de noirs français réclament que la France demande pardon comme Chirac a demandé pardon au nom de l'Etat français pour le Vel' d'Hiv' et toute la suite. Jusqu'où un Etat peut-il remonter dans l'histoire pour demander pardon ? Est-ce que demander pardon, ça suffit ? Peut-on donner une valeur au préjudice subit pour les Africains déportés aux Amériques et aux Antilles ? Faut-il aussi faire en sorte que les Africains qui ont vendu des esclaves africains demandent pardon ?
* Qu'est-ce qu'on fait du devoir de mémoire ? Qui doit le porter ? L'Etat ? Le citoyen ? Des associations ? Les partis politiques ?
Je suppose que d'éminents penseurs ont pris du temps pour réfléchir à ces sujets, mais les réponses ne me sautent pas aux yeux...
Good night, and good luck !
Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...