Un article d'Henri Weber, Député européen PS et membre du Conseil National du PS sur les nouveaux militants, est paru dans lemonde.fr : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-805344,0.html

Voici ma réponse :
Cher Henri,
Je me permets de réagir à ton article dans Le Monde que je trouve fort intéressant, même si je n'en partage pas l'analyse.
Ancien militant au parti socialiste et au Mouvement des Jeunes Socialistes, j'ai été "élevé" dans la culture du militantisme de terrain, de la section locale, du collage d'affiches, de la distribution de tracts et du porte à porte. J'ai pu y mesurer à quel point la notion de camaraderie pouvait exister, et cela a beaucoup compté pour moi.
Et puis j'ai commencé à réfléchir en observant que les effectifs du PS stagnaient, baissaient, avec toujours plus de vieux, de fonctionnaires et surtout d'élus (une proportion hallucinante d'élus sur l'effectif total).
Je dois dire que j'ai été séduit par la proposition de Jack LANG de la carte à 20€ et en ligne ! 80.000 adhérents en plus pour un parti qui n'a, dans l'histoire, jamais été un parti de masse (même avec les adhésions éphémères de 1936...), ce n'est pas rien...
Que ces adhérents ne soient pas tous des militants prêts à coller des affiches, je peux le concevoir, encore qu'il ne doit s'agir que d'une certaine partie d'entre eux.
Tu sembles avoir une vision de ces nouveaux adhérents comme des "bobos parisiens" peut-être, qui ne sont là que pour voter pour le candidat pour la présidentielle.
D'une part, je considère que c'est une bonne chose, car ça permet d'asseoir la légitimité de ce dernier (à quand les primaires à l'italienne ?).
Mais je pense aussi que ces nouveaux militants du PS le sont également peut-être dans des associations, des syndicats, francs-maçons, etc, et qu'ils contribuent donc à la pluralisation du PS qui en a bien besoin.
L'évolution du militantisme est ainsi qu'on ne trouve plus aujourd'hui ces vieux militants investis à la fois 100% au PS, à 100% dans un syndicat et à 100% dans une association, qui passent leur vie à ça.
Les engagements sont aujourd'hui divers, multiples, à géométrie variable dans le temps et dans l'espace.
La véritable question est de savoir comment le PS peut faire pour que chacun puisse y trouver un lieu d'épanouissement "à la carte", en sortant du carcan de la section locale qui discute du dernier conseil municipal, de l'organisation de la fête de la rose pendant la moitié de l'année, du trottoir de Madame Michu...
Lieu de sociabilité, de convivialité et de militantisme de terrain, la section locale est aussi le lieu de toutes les oppressions. Oppression qui interdit de fait toute liberté de pensée et de parler. Oppression de la section qui ne permet souvent pas d'avoir des débats de fond mais d'effleurer tous les sujets sans en approfondir aucun. Oppression de la section locale qui sert à défendre et promouvoir le député, le conseiller général ou le maire socialiste en place et se plie à ses 4 volontés.
Tu sais comme moi que le résultat du vote d'une section est très rarement équilibré : 90% pour la A, ou 90% pour la B, ou 90% pour la C... en fonction de ce que pense l'élu socialiste ou le secrétaire de section, qui rêve lui-même d'être élu...
Tu sais comme moi que les débats sur les textes des congrès en section ne débouchent jamais sur des changements véritables, que les amendements ne remontent jamais au niveau national, que la dictature de la majorité empêche de fait l'expression de toute pensée originale.
Je pense donc que les réticences face à ces nouveaux adhérents viennent en partie des élus locaux et responsables du parti qui se retrouvent face à des adhérents anonymes, qu'ils ne peuvent maîtriser, contrôler voire manipuler (voir l'analyse de Pierre Tafani sur le clientélisme politique). Ils regrettent déjà le temps d'avant, des sections locales, du Guesdisme...
A l'inverse, on peut imaginer tout le potentiel "cérébral" qu'apportent ces nouveaux militants, à condition de savoir trouver les bons cadres pour leur permettre de l'exprimer : sections thématiques, forum internet ?
Seul l'avenir pourra nous dire ce que le PS fera de ces nouveaux militants... Qui sait, les évolutions feront peut-être que je reprendrai un jour ma carte...
Bien cordialement.
Boris Roman-Dubreucq