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Mardi 22 août 2006

Un article d'Henri Weber, Député européen PS et membre du Conseil National du PS sur les nouveaux militants, est paru dans lemonde.fr : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-805344,0.html

Voici ma réponse :

Cher Henri,
 
Je me permets de réagir à ton article dans Le Monde que je trouve fort intéressant, même si je n'en partage pas l'analyse.
 
Ancien militant au parti socialiste et au Mouvement des Jeunes Socialistes, j'ai été "élevé" dans la culture du militantisme de terrain, de la section locale, du collage d'affiches, de la distribution de tracts et du porte à porte. J'ai pu y mesurer à quel point la notion de camaraderie pouvait exister, et cela a beaucoup compté pour moi.
 
Et puis j'ai commencé à réfléchir en observant que les effectifs du PS stagnaient, baissaient, avec toujours plus de vieux, de fonctionnaires et surtout d'élus (une proportion hallucinante d'élus sur l'effectif total).
 
Je dois dire que j'ai été séduit par la proposition de Jack LANG de la carte à 20€ et en ligne ! 80.000 adhérents en plus pour un parti qui n'a, dans l'histoire, jamais été un parti de masse (même avec les adhésions éphémères de 1936...), ce n'est pas rien...
 
Que ces adhérents ne soient pas tous des militants prêts à coller des affiches, je peux le concevoir, encore qu'il ne doit s'agir que d'une certaine partie d'entre eux.
 
Tu sembles avoir une vision de ces nouveaux adhérents comme des "bobos parisiens" peut-être, qui ne sont là que pour voter pour le candidat pour la présidentielle.
 
D'une part, je considère que c'est une bonne chose, car ça permet d'asseoir la légitimité de ce dernier (à quand les primaires à l'italienne ?).
 
Mais je pense aussi que ces nouveaux militants du PS le sont également peut-être dans des associations, des syndicats, francs-maçons, etc, et qu'ils contribuent donc à la pluralisation du PS qui en a bien besoin.
 
L'évolution du militantisme est ainsi qu'on ne trouve plus aujourd'hui ces vieux militants investis à la fois 100% au PS, à 100% dans un syndicat et à 100% dans une association, qui passent leur vie à ça.
 
Les engagements sont aujourd'hui divers, multiples, à géométrie variable dans le temps et dans l'espace.
 
La véritable question est de savoir comment le PS peut faire pour que chacun puisse y trouver un lieu d'épanouissement "à la carte", en sortant du carcan de la section locale qui discute du dernier conseil municipal, de l'organisation de la fête de la rose pendant la moitié de l'année, du trottoir de Madame Michu...
 
Lieu de sociabilité, de convivialité et de militantisme de terrain, la section locale est aussi le lieu de toutes les oppressions. Oppression qui interdit de fait toute liberté de pensée et de parler. Oppression de la section qui ne permet souvent pas d'avoir des débats de fond mais d'effleurer tous les sujets sans en approfondir aucun. Oppression de la section locale qui sert à défendre et promouvoir le député, le conseiller général ou le maire socialiste en place et se plie à ses 4 volontés.
 
Tu sais comme moi que le résultat du vote d'une section est très rarement équilibré : 90% pour la A, ou 90% pour la B, ou 90% pour la C... en fonction de ce que pense l'élu socialiste ou le secrétaire de section, qui rêve lui-même d'être élu...
 
Tu sais comme moi que les débats sur les textes des congrès en section ne débouchent jamais sur des changements véritables, que les amendements ne remontent jamais au niveau national, que la dictature de la majorité empêche de fait l'expression de toute pensée originale.
 
Je pense donc que les réticences face à ces nouveaux adhérents viennent en partie des élus locaux et responsables du parti qui se retrouvent face à des adhérents anonymes, qu'ils ne peuvent maîtriser, contrôler voire manipuler (voir l'analyse de Pierre Tafani sur le clientélisme politique). Ils regrettent déjà le temps d'avant, des sections locales, du Guesdisme...
 
A l'inverse, on peut imaginer tout le potentiel "cérébral" qu'apportent ces nouveaux militants, à condition de savoir trouver les bons cadres pour leur permettre de l'exprimer : sections thématiques, forum internet ?
 
Seul l'avenir pourra nous dire ce que le PS fera de ces nouveaux militants... Qui sait, les évolutions feront peut-être que je reprendrai un jour ma carte...
 
Bien cordialement.
 
Boris Roman-Dubreucq
par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Commentaires

intéressant. Il t'a répondu ?
commentaire n° : 1 posté par : denis.vinckier (site web) le: 04/09/2006 12:30:09

Salut Denis !

Je n'y croyais pas, mais comme tu l'as peut-être lu, oui, il m'a répondu. Je ne suis pas vraiment convaincu par les arguments... J'en profite pour te saluer et te dire que je t'ai vu de loin il y a plusieurs années quand j'étais au MJS et que tu étais chez les jeunes Démocrates ? ou jeunes UDF ?

J'ai vu que ton blog était référencé sur celui de Marc Vasseur et je suppose que c'est comme ça que tu as trouvé le mien.

Au plaisir de te lire à nouveau.

Boris

réponse de : Boris Roman-Dubreucq (site web) le: 06/09/2006 21:27:08
Avant tout, je te félicite pour ce blog de qualité. C\\\'est rare de trouver encore de vrais bloggeurs.

Au sujet de l\\\'article de Weber et des nouveaux adhérents. Tes questionnements sont les miens et ont été les nôtres lorsque nous avons milités ensemble. Comment ouvrir les organisations politiques pour en faire de vrais mouvements de masse?
Il n\\\'y a sûrement pas de solutions miracles mais cette adhésion à 20 Euros a permis au moins d\\\'entrouvrir la porte. Ce qui est grave, outre le fait qu\\\'on ne les a que trop rarement vus en section, c\\\'est que le PS ne s\\\'est pas donné les moyens d\\\'accueillir correctement ces nouveaux adhérents.
Pas de formation sur l\\\'histoire du parti, sur les pratiques militantes, la seule réunion qui a eu lieu dans la fédé du nord, ça a été un pauvre speech de Lang sous anxyolitiques d\\\'une demi heure sans débat avec la salle, un mot de Pargneaux, un jus d\\\'orange et au lit... Franchement rien de très bandant...
Ce qui me gène le plus dans ce manque de formation, c\\\'est que l\\\'on se retrouve avec des nouveaux adhérents qui n\\\'ont qu\\\'une vision fragmentée de ce qu\\\'est notre parti, par le prisme des médias et que l\\\'on doit se coltiner des gens qui prônent l\\\'union avec l\\\'UDF, ou qui en viennent à tenir des propos que ne renierait pas Sarko ou Madelin.
En entretenant cette image et en ne se donnant plus les moyens de redevenir un vrai parti populaire, on laisse un boulevard au FN et à l\\\'extrême gauche.

Amitiés,
commentaire n° : 2 posté par : Arno 10 le: 06/09/2006 10:03:42

Salut Arnaud et merci pour le blog ! :-)

Entièrement d'accord avec toi sur la question de la formation, qui doit aussi, à mon avis, être à la carte. Chaque nouveau militant pourrait avoir une formation de base et des options, des possibilités de perfectionnement... Je pense malheureusement que ce n'est pas le but premier du parti.

Par ailleurs, si la question de la formation des nouveaux adhérents à 20€ est réelle, elle est identique pour les vieux militants qui n'ont malnifestement pas beaucoup de culture politique ou économique, ou encore internationale... On en arrive à des propositions de renationalisation d'EDF-GDF à 100%, ce qui me fait penser à 1981 (snif !), mais d'une totale aberration !

Pour ton dernier point, tu verras que Denis Vinquier, conseiller général UDF, a fait un commentaire sur le même post que le tien... Je suis de ceux qui pensent que gouverner avec l'UDF est quelque chose de possible. D'ailleurs, au conseil régional Nord-Pas-de-Calais, l'UDF vote parfois avec le PS même si ce n'est pas beaucoup dit. Par ailleurs, sur certains sujets comme l'Europe, je suis clairement plus proche de l'UDF que du PCF et de l'extrême-gauche. Enfin, je pense que nous devons revenir au pouvoir avec la volonté claire de rester au moins deux législatives et je doute que ce soit avec le PCF, la LCR, LO ou les Chevènementistes qu'on peut y arriver... Par contre, les Verts, les Radicaux, l'UDF...

réponse de : Boris Roman-Dubreucq (site web) le: 06/09/2006 21:33:04
Ah ce bon vieux débat!

A mon humble avis, la renationalisation d\\\'EDF-GDF est loin d\\\'être une aberration anachronique.
Sans faire mon gauchiste à 3fr50, je reste persuadé  que le retour de la gauche au pouvoir passera par une prise de conscience simple des citoyens. Un employé, un ouvrier, un salarié, n\\\'a pas les mêmes intérêts qu\\\'un entrepreneur ou un actionnaire. Il faut remettre au goût du jour la conscience de classe pour parvenir à rétablir la balance entre la rémunération du Capital et celle du Travail. Nous ne pourrons y aboutir que par une formation tant historique qu\\\'économique de nos militants.
Tu dois t\\\'étrangler devant ton PC! lol
Sur la formation, je rejoins, une fois n\\\'est pas coutume, ta douce amie marie-ségolène quant elle évoque l\\\'idée d\\\'un syndicalisme obligatoire à la nordique. Le syndicat est un maillon indispensable de cette formation  et aujourd\\\'hui, il ne remplit  plus ce rôle comme il le devrait parce qu\\\'il n\\\'est plus représentatif...
En résumé, pour gouverner, ce serait plus simple avec l\\\'UDF, les radicaux et peut être les verts, mais pour changer la vie, nous devrons écouter les sympathisants LO-LCR et le PCF, mais aussi les abstentionnistes et les déçus de la gauche qui votent aujourd\\\'hui FN. Je parle bien des sympathisants d\\\'extrême gauche, ceux qui n\\\'ont pas encore le cerveau ramolli (lol), mais qui veulent une gauche puissante, véritable porte voix des classes populaires.
C\\\'est pas en raclant à droite que l\\\'on pourra gagner, parce que, comme pour la sécurité, les gens préférent l\\\'original à la copie.

Enfin, en ce qui concerne les questions d\\\'économie, EDF-GDF par exemple, je reste persuadé qu\\\'il n\\\'y a pas de vérité absolue. Mets deux économistes en face, avec les mêmes données entre les mains, ils seront capables de te soutenir tout et son contraire. En résumé, l\\\'économie, c\\\'est de la politique et pour changer certaines données économiques actuelles qui paraissent inamovibles, il faut du courage politique. Idem pour l\\\'Europe et sa construction, quand nous auront un chef d\\\'Etat qui aura la volonté de se battre pour construire cette europe sociale que nous appelons tous, il la fera, peut être pas à 25, mais il la  fera.
commentaire n° : 3 posté par : Arno 10 le: 07/09/2006 10:16:02

Merci de cette réponse argumentée. Ce que je dis, c'est que renationaliser EDF-GDF, ça coûte la peau du cul, et que je préfère qu'on rembourse mieux les lunettes, qu'on s'occupe plus des vieux, qu'on augmente les bourses aux étudiants plutôt que cette mesure dont les effets me paraissent limités.

Je constate que si la division travail/capital a toute sa symbolique, le phénomène de salariés/actionnaires est bien réel et tend à se développer. Et je préfère clairement ça aux fonds de pension américains...

Par ailleurs, je constate que les pro-nationalisation à 100% ne proposent pas par ailleurs qu'EDF se désengage dans les pays où il a des parts PRIVEES dans des sociétés de production d'léectricité (Italie notamment si ma mémoire est bonne). Et là, je dis (carton jaune" !! (pas coup de boule !)

Enfin, si je considère que la question énergétique est éminemment importante (d'autant plus avec la sécurité nucléaire), je pense qu'il faut sortir de la pensée unique à gauche qui consiste à penser que c'est la forme juridique des entreprises qui détermine de façon automatique si c'est du service public ou pas. En gros, service public et nationalisation sont pour moi deux choses très différentes.

On a les références qu'on peut (je plaisant, j'en suis assez fier), mais si tu as l'occasion de lire le livre de Rocard "Si la gauche savait", c'est assez extraordinaire et c'est une analyse rétrospective vraiment pertinente sur les erreurs de 1981.

Bisous !!

réponse de : Boris Roman-Dubreucq (site web) le: 08/09/2006 07:23:39

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Mémoire histoire

Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...

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