samedi 31 mai - Cette histoire de mariage annulé pour cause de non-virginité, ça part un peu dans tous les sens, et on finit par ne plus savoir de quoi on parle. Comme à chaque fois
qu'une décision de justice soulève l'indignation, la question qu'il faut sans doute se poser est : est-ce la décision qui est injuste en tant qu'elle interprète mal le droit ou bien est-ce au
contraire le droit sur lequel la décision est fondée qui pose question ?
Ma réflexion est la suivante : à partir du moment où le code civil prévoit la possibilité qu'il existe un contrat de mariage, peut-il y avoir des limites au contenu de ce contrat, et si oui
lesquelles ?
De ce point de vue, en bon libéral que je suis (aïe ! aïe !), je conserve une tendresse pour le Pacs pour lequel j'ai tant milité au MJS, et qui donne à l'Etat moins de pouvoir de dire la
morale.
dimanche 1er juin - Ca durait depuis jeudi soir après la piscine. Arthur avait mal au ventre, à se tordre en deux, à pleurer de douleur. Médecin vendredi matin, école vendredi
après-midi. Puis à nouveau pas bien hier après-midi après un goûter d'anniversaire chez son copain Samuel. SOS médecin pour finir aux urgences. L'attente et l'observation des lieux : des
gitans, des noirs, des arabes, des blancs, des pauvres, des bourgeois qui jouent des coudes pour capter l'attention des infirmières qui prennent les dossiers. Ca sent la nuit sur place. Radio
vers 21h30. Pas d'occlusion, test urinaire négatif. Mais toujours ces nausées, vomissements et cette douleur qui te donnerait presque envie de pleurer à sa place. Bon feeling avec une interne qui
décide de le garder en observation la nuit. Déjà fait, m'en fous. Sauf qu'on se retrouve dans la chambre d'une petite anorexique alors que je pensais qu'on serait rien qu'à deux. A. a de grands
yeux exorbités sur son visage émacié, une sonde dans le nez qui la nourrit avec une substance beige. 11 ans et demi, CM2, là depuis une semaine. Seule. Il est 23h et Arthur dort déjà profondément
malgré tout. Je tente en vain de le réveiller pour lui dire que je vais chercher à manger. Heureusement que le CHU est dans le centre, je me trouve vite un kebbab.

J'ai trop lu Bret Easton Ellis (Lunar Park) dans la journée et ça me travaille quand je reviens dans l'hôpital déserté, d'autant que j'ai pris deux lignes, retrouvées miraculeusement
dans mon jean, pour décompresser. Il y a une ambiance de mort dans les couloirs aux couleurs blafardes. J'erre seul, plus zombie que fatigué en fait. Un ascenseur, un couloir, un autre
ascenseur...et puis un flash. J'appuie sur le -1. Jamais on n'écrit morgue dans les ascenseurs, mais c'est toujours au sous-sol. "Entrée réservé au personnel, strictement interdite au
public". Je pousse la porte battante. Long couloir désert au bout duquel une autre porte. J'entrouvre pour apercevoir les frigos en inox' qui ronronnent. Il fait froid, je tremble. Crise
d'angoisse soudain, le sang qui frappe aux tempes, le sol qui se dérobe. Je rejoins en courant la chambre 404, Arthur et ma petite anorexique. De mon t-shirt je fais une taie pour mon oreiller
plastifié. Dormir, dormir. J'ai trop lu Bret Easton Ellis.
lundi 2 juin - Quand l'actualité nationale rejoint la mienne. Antoine, le petit gamin retrouvé à moitié noyé dans un lac, était hier à l'hôpital de Nantes, sans doute à quelques mètres
de la chambre d'Arthur qui est sorti avant midi. Le hasard veut également que le principal suspect - selon la formule consacrée - est interpellé dans l'après-midi à Saint-Hilaire de Riez où j'ai
passé l'essentiel de mes vacances depuis ma naissance. Drôle de journée décidément, avec une sieste hallucinée en début d'après-midi et un début de crève chopée en courant sous la pluie battante
en t-shirt (celui qui m' a servi de taie d'oreiller) en sortant de l'hôpital...
mardi 3 juin - Vu pour la Xème fois L'affaire Dreyfus d' Yves Boisset sur Direct 8. Tous les gamins devraient voir ça à l'école, ça devrait être obligatoire
! Parce que l'Affaire Dreyfus en dit tellement sur la gauche et sa rupture avec l'antisémitisme de classe, la défense des droits de l'homme...
mercredi 4 juin - 3 nouvelles pour me réjouir : tout d'abord la victoire d'Obama et sa désignation assurée pour représenter les démocrates pour l'élection à la présidence des Etats-Unis.
Avouez que ça fait longtemps que j'avais choisi mon camp ! Hillary Clinton a une attitude déplorable de mauvaise perdante combinée à celle de basse calculatrice...
Ensuite Monfils qui bat Ferrer en quart à Rolland ! Enfin Frédéric Mitterrand qui obtient finalement la direction de la Villa Médicis à la place de Bénamou. Si tu n'as pas lu
"la mauvaise vie", fais vite, l'ami.
jeudi 5 juin - Rencontre hier avec Bernard et Serge (qui ont l'âge de leur prénom voire plus, pardon papa...) qui ont débarqué à la Région pour me présenter leur projet : la création
d'une association de ch'tis dans l'Ouest, qui comprendrait la Normandie, la Bretagne et la Loire-Atlantique. Rien que ça. Pas encore de statut, pas encore d'objectifs clairement définis sinon
l'entr'aide et l'accueil. J'espère bien qu'il y aura des soirées... Création de l'association à la rentrée ? Il y a déjà un blog...
vendredi 6 juin - 19h12, caisse de Super U Thouaré. J'attends mon tour dans la file. Dans celle d'à côté, un vieux bonhomme qui fait clochard. Chaussettes rouges et claquettes, pantalon
hors d'âge, veste crottée et dépareillée, casquette sans couleur qui couvre difficilement des cheveux gras. Son oreille gauche semble avoir été arrachée par une boucle. Ses mains sales
aux onlges noirs ouvrent une boîte de cigarillos dans laquelle il range sa monnaie et son unique billet de 5€. Ses articles passent pour un total de 21€39. C'est un habitué car le caissier prend
la boîte et compte à sa place. Il n'a pas de caddy, le rangement des articles dans ses sacs s'avère laborieux, tellement que la cliente suivante a le temps de passer elle aussi. Avant de régler
par carte, je la vois sortir un billet de 10€ qu'elle plie discrètement dans sa main. Elle bouscule à peine le bonhomme en partant, juste le temps de glisser le billet dans son sac de courses.
Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...