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Non content d'être le 70ème ami (provisoirement, mais l'histoire le retiendra) de Manuel Valls sur Facebook, j'ai lu quasiment dès sa sortie son livre d'entretiens avec Claude
Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur : "Pour en finir avec le vieux socialisme...et être enfin de gauche !" Au moins, on ne mâche pas ses mots, et on a le sentiment agréable que pour
une fois chez un socialiste, on dit ce qu'on pense et non ce qu'il faut penser. Au final, j'ai la conviction, même si je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit (notamment sur le cumul des
mandats...), que Manuel Valls aura un positionnement central au PS dans les 10-15 prochaines années.
Extraits :

La gauche, la droite...
Quand on a commencé, on n'avait aucun doute. Le monde était binaire, la gauche, c'était le bien, et la droite le mal Tu te souviens ? Ce sont des choses qu'on se raconte à vingt ans...
[Aujourd'hui], à défaut de changer le monde, on veut simplement le rendre vivable. [...] On répare les dégâts d'une société dure, violente, inique.
Bayrou et le Modem/l'extrême gauche
Le Modem est un extrême centre populiste. Il a les caractéristiques d'un parti anti-système. Bayrou à la présidentielle, c'est une version plus aimable, plus acceptable, de Le Pen ou de
Besancenot. Il a créé un parti protestataire et plébiscitaire, fustigeant les autres formations et les médias, rassemblé autour d'un chef intouchable qui incarne le bien et la rédemption, et qui
sauvera la France. C'est un parti de revanche, pas un parti de refondation démocratique. [...] Ca ne retire rien à d'autres caractéristiques du Modem : l'Europe, l'économie sociale de marché,
l'envie de ses militants de travailler, à la base, avec la gauche - et je crois que c'est une bonne chose.
[...] Les alliances au centre sont plus prometteuses, immédiatement, que les jeux un peu vains avec l'extrême-gauche. Prendre des militants de Lutte ouvrière sur nos listes, dans l'espoir de
faire pièce à Besancenot, c'est simplement pathétique : de la magouille à la petite semaine !
La culture du réel
Et la culture du réel va gagner du terrain au PS. Quand on est maire, on ne peut pas divaguer.
Sur le non-cumul des mandats
J'y croyais. Et j'ai eu tort. C'était une diversion. Ca fait partie des histoires qu'on se raconte pour s'étourdir quand on a perdu son identité. [...] Grâce au roi de Corrèze, François
Hollande, et au duc de Saône-et-Loire, Arnaud Montebourg, on en a au moins fini avec ça.
Expulser les clandestins ?
On peut et on doit. Mais il y a des limites, c'est ce qu'on appelle le respect de la dignité humaine. Ca ne veut pas dire qu'il faut régulariser ou accueillir tout le monde, ou fermer les
yeux sur les conséquences de l'immigration de masse. Oui, je suis sécuritaire, pour la sécurité de tous ; oui, je connais les pièges du discours "antiraciste", et les perversités des postures
faussement généreuses.
[...] Les immigrés n'ont aucune chance de faire leur chemin dans notre société si on ne leur enseigne pas les règles ; si on ne leur impose pas ces règles, soyons clairs.
Les question de société
Je suis fondamentalement progressiste sur ces questions de société : mariage gay, recherche à partir des cellules souches, clonage thérapeutique, assistance active à la fin de vie...
Dieu
J'espère, ici-bas et maintenant, puisque j'agis. Je suis agnostique, au plein sens du terme : je doute. Je ne sais pas s'il y a quelque chose, ou si le ciel est vide, mais on doit agir comme
si nous, les hommes, étions seuls. C'est à nous-mêmes que nous devons la morale et la liberté.
Devenir socialiste
[Je suis devenu socialiste] en ne l'étant pas immédiatement. Je suis d'abord antitotalitaire. Soljenistine compte donc beaucoup dans ma construction adolescente, comme Bernard Henry Lévy
de La Barbarie à visage humain.
Français
Je ne deviendrais français qu'en 1982. [Manuel Valls était espagnol]
Cuba/Chavez
Je n'ai jamais compris comment on pouvait soutenir ce régime. La transformation du néopopuliste pétrolier Chavez, l'allié stratégique de l'Iran, en nouveau prophète du socialisme, c'est la
même histoire. [...] Chavez est sans doute le dernier et pathétique avatar d'un vieux complexe de la gauche démocratique française envers le communisme.
Le monde de l'entreprise
Cette idée que les patrons, par essence [...] seraient au fond , des ennemis de classe, pour toujours, cela fait partie des boulets mentaux dont nous devons nous défaire.
Entreprendre n'est pas sale. C'est la condition même du développement.
Nucléaire/OGM
Je trouve dommageable la pente antinucléaire qu'a épousée une partie du PS. [...] On ne peut pas, logiquement, vouloir conjurer le réchauffement climatique en se privant d'un atout. Je trouve
aussi tragique les fatwas anti-OGM.
Le Parti socialiste
Ca ne signifie plus rien. Le socialisme, ça a été une merveilleuse idée, une splendide utopie. Mais c'était une utopie inventée contre le capitalisme du XIXème siècle. ! Cela ne
signifie rien aujourd'hui, dans la globalisation, l'économie virtuelle, la crise écologique ! C'est devenu un mot-prison, un mot qui empêche d'avancer. Et en l'invoquant encore, nous profanons
l'espoir qu'il a représenté pour nos ancêtres ! Nous n'avons plus de terre promise idéologique, acceptons-le.
Citant Clémenceau (qu'il défend), lors d'une polémique célèbre avec Jaurès
"Sans doute, vous me dominez de toute la hauteur de vos conceptions socialistes. Vous avez le pouvoir magique d'évoquer de votre baguette magique des palais de féerie. Moi, je suis le
modeste ouvrier des cathédrales, qui apporte obscurément sa pierre à l'édifice auguste qu'il ne verra jamais. Au premier souffle de la réalité, le palais de féerie s'envole, tandis qu'un jour, la
cathédrale républicaine lancera sa flèche dans les cieux". Ca fait longtemps que je connais cet échange. J'ai mis du temps à admettre que j'aurais plus facilement applaudi le Tigre que le
fondateur de l'Humanité. Maintenant, j'assume. [fin du livre]
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Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...