samedi 19 janvier - Depuis le temps qu'on y pensait, il fallait bien que ça arrive un jour. Gagner le gros lot à l'Euromillions. Je dirais que c'est la discipline de jeu qui a payé.
Tout le monde s'est déjà imaginé ce qu'il ferait s'il gagnait, et des voyages par ci, et des maisons par là, des restos, une oeuvre caritative. 50.000.000,00€, tout de même... Maintenant qu'on y
est, on est bien dans la merde, croyez-moi. Tout ce qui faisait notre quotidien semble avoir perdu son sens. La maison, le boulot, se lever... Passés le champagne et l'hystérie des premières
heures, on se retrouve un peu seuls, et pour tout dire un peu cons. Après tout, on mangeait déjà à notre faim, même si on ne regardera plus le prix des oranges maintenant, si on fait encore les
courses. Et puis on dormait déjà suffisamment, moi qui ne sais pas rester au lit le matin... Que faire de tout ce temps libre ? Enfin on va essayer de faire comme avant, et on demandera toujours
aux amis de ramener une bouteille de rouge ou le dessert quand on les invitera à manger dans la future maison. A priori, on part d'ici la fin de la semaine prochaine au soleil pour réfléchir un
peu à tout ça. Nous serons donc déjà loin quand vous me lirez. Désolé, on trouvait ça un peu indécent d'appeler pour le dire à chacun, alors on a préféré le faire en douce.
dimanche 20 janvier - Vendredi 18, fin d'après-midi. Ca s'annonçe peinard, un peu mélancolique. Tout le monde se barre très tôt du boulot. J'entends ma voix en écho quand je parle
dans le couloir. Pour un peu ça me déprimerait. De l'autre côté de la Loire, aux pieds de Malakoff, la circulation est fluide dans la nuit qui avance. Chouette, moins d'une heure pour rentrer à
la maison, me changer pour accompagner Annabelle pour le repas de nouvelle année sympathiquement offert par Jan-Marc Ayrault à son cabinet. Je mets "la cavalerie" (Julien Clerc) à donf' dans le
zafira, que Valentine a rebaptisée "rapata-pata-pata" (il faut connaître la chanson pour comprendre)... Quand tout à coup (bien sûr, il y a une chute) j'aperçois, quelques dizaines de mètres plus
loin, sur la piste cyclable, un être en doudoune qui fait du stop en marchant droit devant, sans se retourner. Là j'ai un flash, et je repense à l'étudiant sénégalais très cool qui m'a pris une
fois en stop à Faches, un jour de voiture en rade. Je m'arrête donc et ouvre la fenêtre. Elle peut avoir 20 ans ou 40, très pâle et maigre. Elle me parle de Poitiers. Je dis oui pour l'avancer
jusqu'au rond-point suivant, à quelques kilomètres. Grand mal m'en prend. Déborah, 31 ans, semble s'endormir, ou tomber dans le coma, ou sur le point de pleurer, les yeux clos. Je pose
des questions : où va-t-elle ? pourquoi ? est-ce que quelqu'un l'attend ? Elle répond par des monosyllabes à peine audibles. Elle voulait sortir, se reposer un peu, elle a une décision difficile
à prendre, elle veut dormir. Non, elle n'a pas bu, non, elle n'est pas sous produits. Elle est chômeuse. Besoin d'un médecin ? Que je la dépose au CHU ? Non... Arrivés au rond-point convenu, j'ai
quelque scrupule à la laisser en plan. Négociation, pour finalement faire demi-tour et la déposer à la gare de Nantes. Pas de liquide sur moi pour lui filer un coup de main. Je lui propose un
ticket de bus qu'elle refuse. Elle s'enfonce dans la nuit, Déborah.
lundi 21 janvier - J'ai l'air con avec mes 400€ de Natixis... J'aurais mieux fait de les boire.
mardi 22 janvier - Valentine apprend la propreté. Elle apprend surtout la saleté, oui !!! La nounou la change 3 à 4 fois par jour... Pourant elle sait faire pipi dans le pot,
bordel. Mais peut-être que ça lui tient chaud. Oui mais quand même, ça pique. Fuck, à son âge, Arthur était déjà propre jour et nuit. Ok, chacun son rythme...
mercredi 23 janvier - J'ai trouvé un indicateur pour évaluer Sarkozy : calculer le nombre de "décisions" du rapport Attali effectivement mises en oeuvre... Blague à part, si
j'étais François Hollande, je ferais un groupe de travail qui analyserait chaque proposition du rapport Attali, qui dirait "là d'accord, là pas d'accord, ok pour voter ça, pas ok pour voter ça".
Le sherpa de tonton a remis son rapport à Ségo. Peut-être qu'elle fera cet exercice.
jeudi 24 janvier - L'argumentaire pour conserver les départements est d'une indigence confondante : "Regardez tout ce qu'on fait et combien on dépense !" en résumé. On ne
dit pas qu'ils ne font rien ni qu'ils n'ont pas de pognon, on dit juste que c'est un échelon de trop. Il y avait le chaînon manquant, il y a le chaînon encombrant : le département. Vive la
sélection naturelle !
Bouffe à la "fée coquelicot" ce midi avec Vincent, le meilleur jap' de Nantes ! Même plus de vin !! J'ai bu du thé, ce qui est plus raisonnable pour ma séance de sport by night. En sortant, la
serveuse nous offre à chacun deux biscuits porte-bonheur à l'occasion du nouvel an chinois (année du rat). Pourquoi chinois alors que c'est japonais ? Je ne sais pas... Bref, voici mes deux
messages : "Vieillir, c'est une liberté formidable" et "Une sensation fera surgir une vieille affaire". Je médite donc.
vendredi 25 janvier - Réformer la France pour lui permettre de sauver dans son modèle ce qui peut encore l'être impose de prendre des décisions courageuses, impopulaires et qui pour
certaines n'auront des effets positifs que dans cinq, dix ou vingt ans... Comment concilier ce long terme avec le court terme d'un quinquennat ? Il y a bien le retour à la monarchie, mais ça
peut donner mal à la tête (et ce n'est pas Louis XVI qui me donnera tort)... Et sinon ? Ben il nous faudrait un Mendès-France.
Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...