Suite à mon post sur les "militants au rabais" du PS, j'ai proposé à mon ami Rémi de réagir. Voici sa réponse ! Le débat
continue.
Good night, and good luck !
J’ai montré dans la société des socialistes que les transformations qu’ont
connues les milieux laïque et catholique de gauche et les mondes associatifs et syndicaux proches du PS ont fortement affecté le recrutement des militants socialistes. Leur épuisement est pour
partie à l’origine du faible renouvellement du parti. Le recrutement apparaît ainsi essentiellement endogène et les militants se révèlent bien peu représentatifs de la société dans sa diversité.
Ce faible renouvellement concourt à expliquer que le fonctionnement du PS soit fortement autocentré, la rétraction des réseaux partisans allant de pair avec une clôture de l’univers militant sur
lui-même et ses luttes. Ce diagnostic est largement partagé par les dirigeants socialistes, qui appellent rituellement de leurs vœux un parti aux effectifs plus étoffés et davantage à l’image de
la diversité de la société française. Henri Weber écrit dans un de ses bouquins : « Les élus et les dirigeants, souvent aspirants à leur propre réélection, ne ménagent en général pas
leur peine pour s’assurer le contrôle des instances de désignation : la section et la fédération. Le malthusianisme politique et le clientélisme sont deux techniques courantes de contrôle
par les élus du corps électoral qui doit les désigner comme candidats. La première part de la constatation qu’une collectivité réduite se contrôle plus aisément qu’une collectivité nombreuse.
Beaucoup de sections, non seulement sont rétives à tout prosélytisme mais encore pratiquent un vrai barrage à l’entrée. Le nouvel adhérent voilà l’ennemi ! Il vient perturber de savants
équilibres entre notables et entre courants établis au fil des ans donc la répartition des responsabilités et des mandats. Le recrutement se fait au compte-gouttes pour remplacer les départs, en
prenant toutes garanties ». De ce point de vue, la territorialisation du militantisme socialiste constitue à l’évidence un frein à l’adhésion et sans doute à la pérennité de
l’engagement. Adhérer au PS c’est nécessairement s’inscrire dans un contexte local et des jeux de pouvoir emboîtés qui peuvent rebuter par leur pesanteur les nouveaux venus. Force est néanmoins
de constater que les tentatives de mise en place de sections thématiques ou « hors-sol » qui rendraient sans doute le parti plus attractif n’ont pas rencontré d’échos, sauf à
Paris.
Une véritable campagne d’adhésion (à 20 euros, via internet) est lancée fin 2005. Elle apparaît surtout dictée par l’imminence des échéances électorales et comme une riposte à la politique de
recrutement volontariste engagée par l’UMP plus que comme le résultat d’une volonté collective et résolue d’augmenter les effectifs du parti. Appuyée par une forte communication, cette campagne
est fondée sur l’offre et la valorisation d’un engagement à moindre coût (à la fois matériel et symbolique) : l’adoption du projet socialiste et la désignation du candidat à l’élection
présidentielle. Près de 80 000 nouveaux adhérents viennent en six mois renforcer le PS, à la très grande surprise des dirigeants, personne ne s’y attendait et sur le plan logistique le siège a
été complètement dépassé.
C’est donc une organisation fortement repliée sur elle-même qui a accueilli brutalement près de 80 000 militants, un peu à son corps défendant et
sans s’être préparé à cet afflux. La procédure de recrutement par internet a contribué à réduire les coûts de l’adhésion : coût matériel (le prix de l’adhésion), logistique (la lenteur de la
voie habituelle), symbolique et relationnel (l’épreuve de la rencontre, du parrainage, de la prise de contact est supprimée ou différée). Les côuts de sortie anticipés apparaissent faibles :
l’adhérent n’a pas vraiment de comptes à rendre. Dans le même temps les profits tirés de l’adhésion sont rapides et tangibles (possibilité de prendre part à la désignation du candidat fortement
médiatisée et dramatisée), les gratifications symboliques sont bien palpables (fonction de « réparation » psychologique de la culpabilité née du 21 avril 2002…). Une enquête en cours
dans la fédération du Nord confirmée par d’autres études montre que 90% des nouveaux adhérents n’ont pas du tout participé à la campagne !!
Voilà pour l’analyse sociologique. Maintenant voilà mon opinion de militant qui n’engage que moi et que je veux dissocier. Qu’il y ait un problème de
représentativité sociale du PS (Boris en convient) n’implique pas forcément que l’on ouvre « grandes » les portes ouvertes du parti. Il faut réguler les flux d’adhésions un
minimum. Les nouveaux adhérents doivent avoir des droits mais aussi des devoirs… Ce que le PS encourage ici c’est le consumérisme et des militants sans bagage politique et idéologique
influencés par les sondages et les médias… avec quel résultat… si les socialistes avaient moins pris en compte les sondages à court terme (et les nouveaux adhérents y ont beaucoup contribué), les
résultats auraient sans doute été différents aux dernières élections. Je pense que Fabius et DSK auraient fait une bien meilleure campagne. Ce que le PS doit faire c’est redéfinir son statut
de militant mais sans dévaluer le militantisme lui-même ! On ne peut pas simplement voter et ne pas militer ! Le PS traite l’individualisme comme le libéralisme : en s’y
soumettant !
Rémi LEFEBVRE
par Boris Roman-Dubreucq
publié dans :
politique
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Rémi, c'est quoi un militant aujourd'hui ? qu'on regarde avec nostalgie les belles époques, ok je veux bien l'entendre... mais l'individu a évolué dans toutes ses dimensions ... en bien, en mal... je ne suis pas un moraliste...
L'autre chose qui me chagrinne sur ce temps beni.... la faiblesse criante des femmes dans ce milieu profondémment masculin.
Cela aussi ça change... la parité nous l'impose... et c'est tant mieux.
Donc, moi ma problématique tourne autour de qu'est ce qu'un militant aujourd'hui ? Les lieux proposés sont ils encore opportuns ? Comment intégrer les réalités d'un quotidien atomisé... je ne dois pas être le seul militant a avoir du mal à jongler entre mon boulot, mes enfants en bas age, mon amie, moi et accessoirement les cours du soir... donc la militance traditionnelle et la politique de serrage de mains dans un tournoi de belote et autres... non. bon j'arrête je ne veux pas abuser de l'espace de Boris :-)