Qu’on aime Allègre ou qu’on le déteste, il serait réducteur de ne voir son dernier livre, « La défaite en chantant », que comme une charge contre Ségolène Royal, comme l’a fait la
plupart des journalistes paresseux et à sensations. Certes, il ne l’aime pas, c’est peu de le dire. Il a souhaité sa défaite à la présidentielle, et il la souhaite encore pour la suite…
Mais, plus globalement, Allègre, à travers son dialogue avec Dominique de Montvalon, directeur adjoint de la rédaction du Parisien, revisite toute la période 1997-2007 avec la position à la fois
de témoin et d’acteur privilégié qu’il a occupée : de la composition du gouvernement Jospin à sa politique à l’Education nationale, quand il avait sous sa coupe une certaine…Ségolène Royal,
de la mise en place des 35 heures à la désignation du candidat socialiste à la présidentielle, lors de laquelle il a souhaité le retour de Jospin….
Entre anecdotes, analyses et jugements souvent à l’emporte-pièce, ce témoignage nous éclaire quand même sur cette période…et sur ses coulisses. Et comme d’habitude, Allègre ne brille pas par son
tact. C’est pour ça qu’on l’aime…ou qu’on le déteste.
Petits extraits choisis.
Sur le PS dans l’opposition : « L’opposition, elle doit se faire entendre. Encore faut-il qu’elle ne fasse pas n’importe quoi, comme elle l’a fait dans son programme en
proposant de façon irresponsable de supprimer la loi Fillon sur les retraites. […] Si les socialistes choisissaient de voter systématiquement « contre » toute solution, ce serait pure
folie. »
La défaite en chantant : « Ce qui m’a frappé au soir du second tour des législatives, c’est que tous ces gens avaient perdu, et pourtant tous étaient contents. C’était
la défaite en chantant. »
Ségolène Royal :
« Ségolène a une ambition tenace. Le PS ne s’en débarrassera pas facilement. »
« Elle exploite le fait d’être une belle femme. Il ne faut quand même pas passer ce côté sous silence. »
« Je pense que le combat Ségolène Royal – Bertrand Delanoë pour le leadership du PS sera très rude. »
« Elle ne prépare rien : elle réagit. »
« Elle avait soutenu Emmanuelli dans la bataille Jospin-Emmanuelli, quand il s’était agi de désigner le candidat PS pour l’Elysée en 1995. »
« Egotique, impatiente, inconstante, incompétente. »
Royalisme : « Je vais vous donner, psychologiquement, ma définition du « royalisme » : ce sont des gens dont l’ambition dépasse de beaucoup les capacités
et qui l’assument en toute lucidité (excepté Jean-Louis Bianco). »
Mea culpa vis-à-vis de Ségolène Royal : « Dans les réunions de recteurs, je lui laissais peu de place. » « J’aurais dû lui laisser faire les conférences de
presse toute seule. » « J’aurais dû la faire répondre très souvent à l’Assemblée nationale en réponse aux questions orales. »
Lionel Jospin : « Il a été, après François Mitterrand, le seul véritable premier secrétaire du PS qui ait su organiser ce parti, et qui l’ait tenu. »
« Je peux en témoigner : quand il était premier secrétaire sous Mitterrand, Jospin avait Mitterrand tous les jours au téléphone. Il le voyait ensuite deux fois par semaine. »
« Autant Lionel est sympa, ouvert, chaleureux, autant Jospin est raide, formaliste, guindé, sensible à la flatterie. »
François Hollande : « Je me suis tellement trompé sur cet homme. Imaginez que Hollande, c’est moi qui l’ai remis dans le circuit de Jospin ! DSK ne manque pas une
occasion de me le reprocher… »
Gens capables et travailleurs au PS : « Alain Rousset, Michel Destot, Paulette Guinchard-Kunstler, Alain Claes, Michel Pezet, Harlem Désir, Françoise Pérol-Dumont,
Martine Lignière-Cassou, Alain Vidalis, Didier Guillaume, Christophe Sirugue, André Vezinhet et tant d’autres. »
Sur la gauche :
« La gauche, cela signifie d’abord qu’on ne veut pas que les inégalités entre les gens soient trop grandes… »
« La première rupture pour la gauche aujourd’hui, c’est d’abandonner l’idée que l’égalité, c’est l’uniformité. […] L’égalité, c’est de permettre à la diversité des situations et des
talents d’accéder à l’excellence. […] L’avenir est aux lois-cadres, et ensuite aux adaptations contractuelles. »
La défaite de 2002 et ses causes :
« Quand Jospin a décidé en 2000 de remanier son gouvernement, il a commis une énorme faute. »
« Il a préféré faire entrer au gouvernement la vieille garde mitterrandienne (Fabius, Lang, Glavany). »
La mise en place de la carte à 20€ pour les nouveaux adhérents : « C’est Rebsamen qui a manœuvré Lang en lui faisant miroiter que cette procédure jouerait en sa
faveur ! Il y a des témoins. »
La rencontre Sarkozy / Attali quand ce dernier est conseiller à l’Elysée :
« Sarkozy : « Vous êtes conseiller à l’Elysée. Moi, je veux être Président de la République. J’aimerais visiter l’Elysée. » Bluffé, Attali l’avait reçu à l’Elysée. »
Sur Sarkozy : « J’observe avec beaucoup d’intérêt et, je le dis, d’admiration les efforts de Nicolas Sarkozy pour moderniser la France. Et je l’aide discrètement dans
mon domaine de compétence lorsqu’il me le demande. »