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Personne ne doute sérieusement que le PS ne reviendra au pouvoir dans la durée (style 3 élections présidentielles d'affilée, un rêve...) que s'il renouvelle profondément ses effectifs et son
mode d'organisation. Car il ne fait mystère pour personne que le PS est avant tout un parti d'élus, dans lequel les fonctionnaires sont surreprésentés. D'où une incapacité viscérale à penser
l'autre, à penser la société globalement :
- les catégories populaires d'abord, car il y a très peu d'ouvriers et d'employés au PS (à part des employés municipaux des mairies socialistes...). Encore qu'à y regarder de
plus près, jamais dans l'histoire le PS n'a été un parti "ouvrier", ni par ses leaders (Jaurès, philosophe, intellectuel et journaliste, Blum, grand commis de l'Etat, Mitterrand, issue de la
bourgeoisie catholique), ni par ses effectifs qui n'ont jamais dépassé quelques centaines milliers d'adhérents (même en 1936), soit une paille à côté de ce que font d'autres partis
sociaux-démocrates européens, notamment en Allemagne. Donc, dire qu'il faut "renouer avec les catégories populaires" relève en grande partie de la malhonnêteté intellectuelle, l'idéalisation d'un
âge d'or qui n'a jamais existé.
- les salariés du privé et même les chefs d'entreprises : parce que ce sont aussi eux qui produisent la richesse et les emplois, grâce auxquels les impôts rentrent et financent
l'éducation, la recherche, la police, la justice, ... Or, parler du privé dans une réunion de section (dans mon souvenir...), au mieux on passera au sujet suivant (le compte-rendu du conseil
municipal par exemple), au pire on vous traitera de sarkozyste... Car l'entreprise au PS demeure en règle générale impensée. Les dirigeants du PS ont d'ailleurs très peu versé dans
l'économie, l'argent ayant toujours eu une odeur de soufre dans une forme de christiano-marxisme...
Tout ça pour en venir à deux articles récents publiés par mon ami Rémi Lefebvre, l'un dans le Nouvel Obs' relatif à la sortie du livre
d'Allègre (que j'ai acheté et commencé), l'autre dans Le Monde sur la rénovation ou l'art d'exorciser les
défaites.
Dans le Nouvel Obs', il présente le PS comme "un parti d'élus dont les réseaux sociaux sont très affaiblis et qui n'est plus du tout en prise avec les catégories populaires, les
enseignants ou les intellectuels." D'accord, à ceci près que le PS ne serait pas beaucoup plus avancé s'il renouait (et j'ai essayé de montrer que le "re"-nouer était une imposture)
seulement avec ces catégories. Résumer la France à ses profs et ses ouvriers relève d'une vision du surmoi
marxiste-révolutionnaire qui fait du privé quelque chose au mieux d'impensé, au pire du mal absolu !
Ce qui m'amène à l'article du Monde, dans lequel Rémi met en cause les militants socialistes "au rabais", ceux qui ont adhéré à 20€ pour pouvoir désigner le candidat à la présidentielle. Et là
moi pas d'accord mon ami Rémi. D'abord parce que parler de militants "au rabais" dans un parti déjà exsangue, c'est un peu fort de café. Ensuite parce que cette appellation implique une
catégorisation, voire une hiérarchisation entre de bons et de mauvais militants.
Ainsi, il y aurait d'une part les bons militants, élus cumulards prêchant la bonne parole d'un côté, ouvriers ou employés municipaux de l'autre, tractant et collant sans trop l'ouvrir en réunion
de section.
Et il y aurait d'autre part les méchants-nouveaux militants, qui ne collent pas, ne tractent pas, résument leur activité militante à voter pour Royal (!) en interne, qui ne rêvent pas forcément
de devenir élus ou d'obtenir par les réseaux du PS un logement ou un emploi... Ouh les vilains ! Ils seraient simplement là pour apporter un peu de leur temps, un peu de leurs idées, un peu de
leur énergie...
Il faudrait alors fixer les critères qui distinguent les bons militants des militants "au rabais", ou alors, pourquoi pas, faire du PS une société initiatique dans laquelle on pourrait séparer
les bons des mauvais militants, ceux qui ont le droit de parler et ceux qui n'ont pas le droit de parler...
Et là je pose la question naïvement (je suis un grand naïf, c'est bien connu) : le PS peut-il se payer le luxe de catégoriser ses militants au moment où tout le monde parle d'ouvrir en grand les
portes et les fenêtres ?
Je ne crois pas...
Good night Rémi, and good luck !
P.S. (arf !) : à ce sujet, lire le post de mon ami Marc Vasseur...
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Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...