Jeudi 1er juin 2006, 18h22
Vendredi 26 mai : Après Birkenau, soirée à Cracovie qui est une ville magnifique, une ambiance très Europe centrale (et pour cause !) avec son architecture monumentale, ses tramways qui roulent en tous sens et ses voitures que l’on croyait disparues depuis longtemps !
Ma grand-mère nous paya le restau (italien ascendant polonais). Stupeur et tremblement : impossible de boire de l’alcool pour cause de présence de pape !! Dégoûtés les Français sans bière et sans vin ! Peut-on imaginer pareille restriction chez nous ? Il faut dire que les Polonais sont hyper croyants (je pensais aussi qu’ils picolaient pas mal) ! Des drapeaux jaune et blanc du Vatican flottaient partout en ville (j’en ai acheté un 10 zslotis - 2,5€ - à un clochard qui ne semblait pas plus croyant que ça, pour l’offrir à mon frère, dévot parmi les dévots !) à côté des drapeaux blanc et rouge de la Pologne. Des photos de Benoît XVI, de Jean-Paul II…
Mais notre voyage en Pologne avait aussi pour but de visiter la famille du côté de ma grand-mère, plus précisément de sa propre mère, dans son village natal de Chobienice, près de Poznań. 5 heures de voiture de Cracovie pour nous y retrouver avec les indications reçues par courrier et téléphone : une ferme près de la statut de Saint-Roch, derrière les trois tilleuls. Le numéro 1. Nous y voilà. Tension, légère appréhension. 
La dernière fois que de la famille française était venue en Pologne, c’était en 1973, il y a 33 ans ! C’était mon arrière grand-mère avec son fils. Peut-on parler de retrouvailles quand on se voit pour la première fois ? Oui, d’une certaine façon. Accueil timide au départ mais chaleureux de Teresa la mère et son fils Lezcek (31 ans). Visite de la ferme pas franchement moderne, mais qui semble tourner vaille que vaille depuis la mort du père, Kazimierz, il y a deux ans : poules, cochons, vaches, chèvres. Sans doute un lopin de terre quelque part pour les légumes, mais que nous n’avons pas vu. Agriculture vivrière en somme. L’entrée dans la maison dont l’intérieur ressemble à celle de mon arrière-grand-mère dans son coron de Bruay-la-Buissière : les mêmes meubles, la même odeur, les mêmes images pieuses aux murs. Une étrange alliance entre ancien et moderne, avec une salle dédiée à un ordinateur, même si l’internet n’est pas encore là !

La barrière de la langue fut un peu difficile à franchir au départ. Ma grand-mère était fortement sollicitée, étant la seule à savoir parler les deux langues. Et puis on se met à table, on sert le café et les gâteaux, on sort les photos et on met les mêmes noms sur les mêmes visages. Le lien se crée, l’histoire commune resurgit, la famille est ressoudée. Il y a donc là Teresa et trois de ses quatre enfants : Leszek, Basia (qui a trois enfants), et Adam, venu avec sa femme. Et puis la cousine de ma grand-mère, dont on ne peut qu’être frappé par une certaine ressemblance. Elle a la même voix que ma défunte arrière-grand-mère. Les conversations démarrent à droite et à gauche à table pendant que mes cousins jouent au foot dans la cour de la ferme. Distribution de cadeaux venus de France : alcools, vêtements, jouets pour les enfants qui sont aux anges ! Cadeaux de nos hôtes en retour : une bouteille de vodka (que tu peux goûter en allant chez ma grand-mère, 106 rue Jean sans Peur à Lille!), et un livre de généalogie qui parle des Borowzak, et notamment de Marcin Borowzak, qui vécut de 1744 à 1788. Comme quoi l’Eglise a du bon !
S’il y a quelque chose que je tenais vraiment à faire, c’est me recueillir sur la tombe de mes aïeux. Je demande donc à cousin Leszek, en lui dessinant une pierre tombale sur mon moleskine, s’il est possible d’aller au cimetière « Tak ! ». Nous voilà donc partis à quelques centaines de mètres plus loin pour voir la tombe de son père et des trois tantes de ma grand-mère, la famille Borowzak. Ma grand-mère et Teresa marchent en tête, échangent à voix basse sans doute sur nos morts et leur chagrin. Instants collectifs de silence. Un si long voyage.
Moment émouvant ensuite avec le passage devant la maison natale de ma grand-mère. Tout cela est un peu irréel. On a beau l’avoir face à soi, on a du mal à s’imaginer…
Retour à la ferme et bien sûr impossible de partir sans prendre le repas là-bas. On passe donc sans transition des gâteaux aux saucisses (ah, les saucisses polonaises !). Il faut faire honneur, et nous faisons honneur ! Ne pas oublier THE photo de famille avant de partir, tant qu’il y a de la lumière. Un souvenir qu’on montrera à nos enfants, nos petits-enfants et nos arrière-petits-enfants !

Et puis il est bientôt l’heure de partir. Oui, on s’écrira tant que ma grand-mère vivra, on s’enverra des photos. Oui, on prendra un billet réduit pour Leszek quand il reviendra à Lourdes dans deux ans. On se promet d’apprendre le polonais, de revenir un jour, mais honnêtement, je n’y crois pas.
Le lendemain, retour interminable en France, usés, des souvenirs plein la tête. Et puis le quotidien.
Dobranoc i do brego sczęscia… (goog night, and good luck…)
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