J'ai rencontré Gilles Johanet fin 1994 ou début 1995. Enarque, il devait déjà être directeur de la CNAM, et venait à la fédé du Nord du PS pour un débat sur la santé. C'est à cette occasion qu'il m'a proposé de venir l'été suivant chez lui, dans le Loiret, pour venir réviser le concours d'entrée à Sciences-Po avec son fils Henri et une amie de notre âge, Marie Simonnot (salut Marie si tu me lis !). Eté studieux et découverte d'un grand homme.
Je considère aujourd'hui Gilles comme un maître à penser. Sa culture historique est encyclopédique, sa bibliothèque semble sortir d'on ne sait où... Nul ne m'a fait comprendre comme il l'a fait qu'il fallait combattre la médiocrité pied à pied, chez soi-même et dans le monde. Il m'a appris à essayer de toujours considérer l'histoire longue avec Fernand Braudel, pour "ne pas être myope".
Et puis, les maisons de Gilles ont un nom et une histoire : hier Courtellement, aujourd'hui "Le Portail" à Bonny-sur-Loire, ancienne léproserie du XIIème siècle, dont chaque pierre raconte une technique architecturale...
Les Johanet, c'est aussi une famille qui a une devise latine (Antiqua fortis virtute), des armoiries (têtes de lévriers, un heaume, une tête d'épervier, ...), un livre qui retrace l'histoire et la généalogie depuis des siècles...
Nous avons passé deux jours chez Gilles et Isabelle, en revenant de Gap. Dans notre chambre, un permis de chasse du IIIème Empire accordé à un aïeul et accroché au mur, les 14 tomes datant de 1824 des prèches de Massillon, évêque de Clermont, et star de la cour de Versailles entre 1745 et 1765... Sur ma table de chevet, un livre sur Otto Abbetz et les Français sous la collaboration, et Sur l'Algérie de Tocqueville.
En deux jours, outre la quantité impressionnante de vin et de whisky que nous avons bue (que du bon, je recommande particulièrement le Cragganmore 12 ans d'âge et le Château Rouge, 2ème vin de Château Margaux), nos discussions furent aussi diverses que passionnantes : politique au PS, convocation des états généraux par Louis XVI et déficit budgétaire actuel, architecture, décolonisation de l'Algérie, commerce sur la Loire, cour des comptes, négationnisme... Je suis reparti de Bonny-sur-Loire avec deux livres prêtés, que je lui rendrai un jour : le journal de Goebbels et un livre d'analyse de la guerre d'Algérie à partir de la géographie.
Tout semble tellement avoir du sens chez lui que ça en est impressionnant. J'éprouve une certaine fierté à le connaître et à être un "ami" de la famille...
C'est quelque chose qui me suit, me poursuit, et que j'essaye de mériter tous les jours.
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
