
[photo parue sur lemonde.fr. merci !]
Nul n'est prophète en son pays, a dû penser ce midi Michel Rocard en voyant dialoguer Ségolène Royal et François Bayrou sur BFM TV. Qui en effet, parmi les socialistes qui l'ont voué aux gémonies la semaine dernière - et notamment Pierre Mauroy pour lequel j'ai un immense respect - oserait encore aujourd'hui publiquement lui reprocher ses propos ?
La leçon essentielle de ce débat...c'est d'abord qu'il a eu lieu (avec l'accord du CSA, il est important de le précier) ! On est passé dans l'après quelque chose avec cette poignée de mains entre la candidate du parti socialiste qualifiée pour le second tour et le candidat de l'UDF arrivé en troisième position. Quelque chose est né ce matin, et il ne sera plus possible de revenir en arrière, de faire comme s'il ne s'était rien passé ou comme si c'était une parenthèse. Il s'est passé un fait exceptionnel, inédit. Le mur de Berlin est tombé, selon l'expression consacrée par François Bayrou.
On a parlé d'un face à face, d'un débat. En réalité, il s'agissait plus d'un dialogue sincère, courtois, je dirais presque constructif entre Ségolène Royal et François Bayrou presque côte à côte, qui faisaient finalement face aux journalistes dans cette salle de l'hôtel Westin à Paris.
Pendant près de 110 minutes, Royal et Bayrou ont tour à tour évoqué les institutions, l'Europe, l'économie et l'emploi, et enfin la vie quotidienne. Ils ont d'ailleurs réussi à faire comme si Nicolas Sarkozy n'existait pas, ce qui a dû faire enrager ce dernier.
Dialoguant d'abord avec les journalistes qui les interrogeaient, Royal et Bayrou ont petit à petit multiplié les échanges directs au cours de la rencontre : à propos des indemnités des députés battus d'abord, ensuite au sujet du salaire minimum européen ou encore de l'augmentation des petites pensions et de la carte scolaire...
Des points de convergences forts, globaux ou ponctuels, ont été confirmés : sur la réforme des institutions bien sûr (proportionnel, Etat impartial, lutte contre la concentration dans la presse), sur l'orientation européenne (les pays de l'est ne sont pas des ennemis intérieurs), sur la police (oui à la police de proximité, oui à l'ouverture des commissariats 24h/24) ou encore l'éducation (école publique de l'excellence). "Un bout de chemin ensemble est possible !", comme l'a dit Ségolène Royal.
Des divergences certaines ont aussi été soulignées : sur le salaire minimum européen, sur les 35 heures (quoi que ça ne soit pas aussi simple), sur la place de l'Etat et plus largement des collectivités.
Ségolène Royal est sans doute plus timide sur les moyens de diminuer la dette ou de sauvegarder les retraites par répartition, mais elle affirme néanmoins qu'il faudra remettre les choses à plats concernant les régimes spéciaux, y compris celui des parlementaires, et prendre en compte la pénibilité du travail.
François Bayrou a convenu, toujours sur les retraites, que si l'augmentation de la durée de cotisation était nécessaire, Ségolène Royal avait raison de dire que la diminution du chômage viendrait mécaniquement augmenter les cotisations et donc consolider le système.
A noter l'éclat de rire de la fin quand un journaliste a demandé aux deux participants s'ils seraient prêts à vivre ensemble........dans un même parti social démocrate ! "J'ai eu peur, j'ai eu peur !", riait Bayrou. "Il s'appelle François, mais tout de même !", renchérit Royal.
Dernière question : si ce débat a sans doute permis de légitimer François Bayrou comme le 3ème homme avec lequel il va falloir compter, notamment aux législatives, va-t-il permettre à Ségolène Royal de récupérer des voix des électeurs centristes du 1er tour ? Mon avis : des voix, oui ; suffisamment, non.
Good night, and good luck.
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