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Samedi 9 septembre 2006

(Aimé Césaire, né en 1913)

Au moment de l'affaire du "rôle positif" de la colonisation, je m'étais promis de lire un livre d'Aimé Césaire. L'occasion fait le larron. C'est chose faite, avec "Discours sur le colonialisme" et "Discours sur la négritude". Le sujet est d'ailleurs toujours d'actualité avec la récente polémique sur la définition du substantif "colonisation" dans le Petit Robert (lire à ce sujet la réaction du lexicographe Alain Rey, pour lequel j'ai le plus grand respect).

"Discours sur le colonialisme" tout d'abord. Ecrit en 1950, ce texte d'une grande force dénonce non seulement la colonisation en tant que telle, mais surtout démontre de façon percutante que colonisation ne rime pas, ne rime jamais avec civilisation. Fini l'image des blancs venus apporter la culture, les droits de l'homme et l'école. Car quels furent les premiers actes des colons ? Piller, violer, tuer, asservir, détruire la culture locale au nom de la supériorité des valeurs occidentales et européennes... 5 ans après la fin de la 2ème Guerre Mondiale, Césaire y va même de sa comparaison entre le colonialisme - français en l'occurence - et le nazisme ! Des comparaisons qu'on utiliserait aujourd'hui sans doute avec plus de précautions.

Ce qui est notable, c'est le fond du discours qui est marxiste. Il faut dire qu'en 1950, à part être pour le communisme ou pour le monde libre, il n'y a pas vraiment de place pour la mesure et la complexité dans la pensée... Pour Césaire, la colonisation est le fruit du capitalisme, et le colonialisme est nécessairement bourgeois. Je me suis demandé si, pour lui, tous les noirs étaient des prolétaires, et si les prolétaires noirs et blancs avaient un même destin... Comme il n'est pas mort, je pense lui envoyer un mail à ce sujet !

Son discours s'achève ainsi sur une critique acerbe des Etats-Unis d'Amérique et en appelle à "la Révolution" qui fera une société sans classes !

Changement de ton avec "Discours sur la négritude", en 1987. Ca sent le roussi en URSS, et il n'est plus nécessaire d'être stalinien pour être un penseur reconnu. La France a décolonisé depuis un bail, en Afrique noire d'abord et rapidement, en Afrique du nord ensuite, et plus difficilement (Algérie...).

Et là, plus de référence au prolétariat ou à la lutte des classes. On lit ainsi :

"La révolution silencieuse, c'est la meilleure forme de révolution"

Un social-démocrate ne dirait pas mieux !! Le camarade Staline l'aurait fait fusiller pour moins que ça (mais rendons à Césaire ce qui est à Césaire, il a quitté le PCF après le coup de Prague en 1956 !)

Même les Etats-Unis, qu'il honnissait jadis, semblent trouver grâce à ses yeux, avec la victoire des noirs dans la lutte pour les droits civiques, grâce notamment à Martin Luther King.

Par contre, Césaire revient sur la négritude, dont il est considéré comme le père, revendiquant l'identité noire et sa culture, luttant contre la colonisation et la volonté assimilatrice. Elle suppose notamment qu'il existe une communauté réunissant anciens esclaves noirs et Africains.

Que les noirs, qu'ils soient d'Afrique, d'Amérique ou d'ailleurs, soient victimes d'un racisme d'un autre âge, évidemment. Mais penser qu'il existe une communauté de destin entre les noirs de la "diaspora" (terme employé par Césaire), là j'ai des doutes...

La faiblesse de son discours (avec toutes les qualités que je lui prête néanmoins), c'est que si l'on ne peut que partager le constat sur l'oppression dont ont été victimes et sont encore victimes les noirs, on cherche en vain un projet. Envisager que tous les noirs de la terre retournent en Afrique comme les sionnistes en Israël ? Césaire ne le dit pas... Mais sinon, c'est l'assimilation dans le respect des différences, dans le cadre d'Etats qui respectent les minorités... J'aimerais savoir ce qu'il en pense...

Je n'oublie pas non plus le livre de Gaston Kelman, noir lui aussi, qui rappelle dans "Au-delà du noir et du blanc" (voir mon post http://borisrd.over-blog.com/article-2192508.html) que si les blancs ont été des négriers zélés, les noirs l'ont aussi été entre eux, vendant "leurs frères" aux Arabes notamment... C'est dire si le l'image d'épinal "blanc = méchant colonisateur" et "noir = gentil esclave" a du plomb dans l'aile !

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : idées, livres, ciné, musique...
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Mémoire histoire

Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...

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