samedi 19 avril - Des Chinois appellent au boycott des magasins Carrefour après les incidents lors du parcours de la flamme olympique à Paris. Voire plus, ils manifestent ! Curieux, car
les médias chinois ont censuré ces fameux incidents. Nul doute que ces rassemblements - autorisés par le gouvernement de l'Empire du Milieu, fait rarissime - soient spontanées.
dimanche 20 avril - Nous voilà donc pour une semaine dans une maison de pêcheur à Bénodet. Il y a deux façons de voyager dans ce genre de lieu : se contenter de l'utiliser selon les
fonctionnalités offertes, ou bien tenter comme on peut d'imaginer et de ressentir ce qu'a pu être la vie d'une famille de pêcheurs. La promiscuité, les odeurs, la femme qui attend son homme, le
fils destiné au même métier, la peur du gros temps. Il manque un appareil qui permettrait de mesurer vraiment cette capacité à se projeter, à éprouver de l'empathie pour les autres dans le passé
ou le présent.
lundi 21 avril - Depuis que nous avons posé une dynamo sur Valentine, nous revendons de l'électricité à EDF.
Parce que je t'aime bien, je vais te donner de façon confidentielle ma recette unique de far aux pruneaux...
- 250 g de farine
- 4 oeufs
- 1 litre de lait
- 250 g de sucre
- 1 pincée de sel
- 1 cuiller à café d'huile
- des pruneaux (autant que tu veux), préalablement roulés dans la farine pour qu'ils ne tombent pas au fond...
Mélanger le tout et verser dans un moule préalablement beurré. Faire cuire à température moyenne (la carte postale ne précise pas le temps de cuisson...).
mardi 22 avril - Adossé aux rochers, je regarde le ciel devenir plus bleu chaque minute. Je tente de trouver une forme aux nuages, pays, animal ou visage d'être fantastique. Certains,
plus bas que d'autres, passent devant leurs grands frères qui sont plus haut dans le ciel. La mer est basse, bleue et verte. Calme aussi. Les vagues clapotent doucement sur le sable devant moi et
meurt en s'étirant à l'infini.
Je regarde les somptueuses villas isolées qui bordent la côte, et je repense à l'ambiance de Françoise Sagan dans Bonjour tristesse (mais également au début de La mauvaise vie
de Frédéric Mitterrand). Une maison louée pour un mois ou deux sur la Méditerranée. Un été silencieux et qui semble éternel, passé à lire des livres dont les pages resteront à jamais associées au
lieu.
mercredi 23 avril - Valentine fait des pâtés sur la plage. "Avec des cornichons ?" que je lui demande. "Non, avec du sable !" Evidemment...
Je ne connais pas encore le résultat de la primaire démocrate de Philadelphie qui s'est déroulée cette nuit, et qui est peut-être déterminante pour Obama. Comme un fait exprès, je finis ce matin
son autobioraphie, écrite il y a dix ans, Les rêves de mon père. Si je ne sais pas dire pourquoi je ne suis pas tenté a priori par Hillary Cinton (encore que certaines de ses attitudes
me rappellent furieusement une politique française dont je préfère taire le nom), je sais en revanche maintenant pourquoi Obama ferait un bon président des Etats-Unis d'Amérique. Des quartiers
déshérités de Chicago où il fut organisateur de communautés à son voyage initiatique au Kenya, terre de ses ancêtres, c'est avant tout à la quête de son identité que nous invite Barack Obama.
Après plus de 450 pages à le suivre, je confirme qu'il écrit de fort belle façon, qu'il s'agisse de la description des lieux, des personnages ou encore des intrigues et anecdotes qui émaillent
son récit.
On a récemment mis en cause Obama pour ses liens avec le pasteur Wright qui l'a notamment marié et qui a également baptisé ses deux filles. Wright a en effet tenu des discours délirants sur la
responsabilité de l'Amérique blanche dans les attentats du 11 septembre 2001. Le rapport d'Obama avec sa condition de noir (j'allais dire à sa négritude, c'est de circonstance) est bien trop
complexe pour qu'on puisse le soupçonner d'adhérer à des thèses aussi extravagantes.
Obama au Kenya, c'est moi en Pologne ou en Israël. Il ne parle pas le luo, ni moi le polonais ou l'hébreux.
jeudi 24 avril - Chagrin d'école de Daniel Pennac avalé dans la journée. Une réflexion intéressante sur la condition de cancre à l'école de la République, l'importance de
certains profs qui sont comme des bouées de sauvetage. Boris Cyrulnik dirait des tuteurs de résilience. Moi je n'ai jamais été cancre. Juste le souvenir de sortir un jour de CE2 un pleurs parce
que je n'avais pas compris les fractions. Comment 1,3 peut-il être supérieur à 1,127, alors que 127 est supérieur à 3 ? Après, j'ai compris en traçant les fameuses colonnes...tu sais, celles qui
permettent d'un coup d'oeil de transformer les kilomètres en décamètres et en millimètres juste en ajoutant des 0 (merci les Arabes).
Pour ce qui concerne la triche, mon seul souvenir, c'est une interro de vocabulaire d'anglais en 4ème ou en 3ème (j'ai fait allemand 1ère langue, petit bourge dans un collège classé ZEP depuis).
20 mots, 20 points. Alors que j'étais le champion du monde du par coeur, le trou : fucking fridge ! C'est alors que Madame Boquet commençait à ramasser les copies que j'ai lu le fameux mot sur la
copie de Juliette S. qui était devant moi. Et j'ai copié, pardon mon Dieu.
Travailler dans l'Education nationale, devenir prof quelques années, pourquoi pas ? Si c'était possible... Enseigner l'histoire en collège ou en lycée, je crois que ça me plairait. Je parle de ce
fameux projet devant permettre de passer plus facilement d'une fonction publique à l'autre. Ou alors aller bosser à l'hôpital. Conseil en organisation, ça doit être un métier d'avenir, non ?
Visite de Quimper, qui semble être une belle ville pour le peu (moins de trois heures) qu'on en a vu : la cathédrale, un jardin public attenant à une maison de retraite, une partie des rues
piétonnes dans la vieille ville. Stupeur et tremblement à la lecture des panneaux touristiques. C'est en français et en...breton. Quelle ouverture sur le monde...
vendredi 25 avril - Je n'en ai lu que deux, mais j'affirme déjà que j'adore les interviews dans GQ. La 1ère, c'était François Bayrou par Frédéric Beigbeder. La 2ème, c'est avec Edouard
Baer. Je kiffe le ton direct, les tailles de police qui partent dans tous les sens. Extrait :
"Le but du voyage, ce n'est évidemment jamais sa destination finale, mais le chemin lui-même. Cela ressemble à des leçons socio-psychologiques à deux balles, d'accord. Mais en même temps, si
l'on ne vit pas l'instant... Comment dire ? On voit bien le nombre de gens qui sont toujours en train de préparer leur avenir. C'est fascinant. Très peu de personnes disent "Ma vie, elle est
aujourd'hui", ici et maintenant. On dirait qu'on ne vit que de projets : les études préparent aux métiers, le métier à l'avancement hiérarchique, l'avancement hiérarchique à la retraite... [...]
C'est fou le nombre de gens qui prétendent ne pas être dans leur vraie vie, au moment où ils te parlent. Ils te disent : "Ah mais non, là je prépare, là en ce moment je travaille comme un chien.
Mais tu vas voir, cela va aboutir !"
Arthur continue son initiation à la pêche...on n'a rien pêché...
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