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Samedi 22 avril, 6h22
Ca y est ! Je voulais un solex, je l'ai ! Merci ebay et spéciale dédicace à Mme Lannoy de Valenciennes ! 300€, c'était le prix de départ. C'est mon cadeau d'anniversaire. La grosse frime en perspective pour les beaux jours en arrivant au boulot et en se ballandant à Lille...
Hier, dernier jour de boulot. Je me suis cassé à 16h30 pour aller chercher des copies au CNFPT. Puis passage chez ma grand-mère. Elle sortait justement de chez elle pour alller faire réparer ses lunettes place Sébastopol. Je l'ai donc accompagnée sur cette route que nous avons faite ensemble des centaines de fois pour aller et revenir de l'école... Au retour, nous avons croisé la femme de Jean-Daniel Escande. Curieux hasard de deux veuves récentes qui se croisent. Nous avons échangé quelques mots. Elle est restée comme un zombie pendant cinq semaines avant de voir le jour. Malgré tout, elle avait une bonne mine. Allez, à bientôt !
Le voyage à Auschwitz pour la dispersion des cendres de mon grand-père se précise. C'est pour le week-end de l'Ascension (il est grand le mystère de la foi !), fin mai. Voyage en voiture pour les uns, en avion pour les autres (notamment ma grand-mère et peut-être mon père). 1300-1500 km ! Une étape s'impose. Un hôtel est déjà réservé en Poogne pour 15 personnes. Qui va venir ? Je ne sais pas encore. Outre Auschwitz, il est prévu d'aller visiter des cousins de ma grand-mère. Elle a quitté la Pologne à 5 ans. Elle saura se montrer indispensable là-bas pour traduire !
Nous partons demain matin à Gap chez maman. 5 heures ce serait bien (je sais Fred, je suis un facho de l'heur). Mais avant ça, il y a le concert de Katerine ce soir à l'Aéronef...
Vendredi 21 avril 2006, 6h32
Vacances ce soir. Départ à Gap chez maman ce week-end jusque vendredi prochain. Retour en passant chez Gilles Johanet qui, si je devais avoir un maître à penser, serait celui-là !
Avant-hier soir : apéritif avec Virginie Tchoffo, Fabien son mari et Line-Audrey, qui fut jadis en crèche avec Arthur. Très sympa. On a parlé de nos morts - mon grand-père et son père adoptif, qui est en fait son oncle - de la façon de les enterrer, de les honorer, de porter ou non le deuil. Il y a dans ces rites quelque chose d'ancestral qui fait qu'on peut comprendre l'autre au-delà de la culture...
Hier soir : apéritif avec Christiane. Discussion de choses et d'autres, des enfants, de la vie... Bon j'ai le droit de pas tout raconter après tout !
Demain soir : concert de Philippe Katerine... Aux dernières nouvelles (merci Ivan), il ferait des séjours réguliers en hôpital psychiatrique, et aurait des moeurs sexuelles déviantes...enfin ça veut rien dire mais la plupart des gens trouverait ça déviant...
21 avril. Triste anniversaire. J'ai eu un pétage de plombs mémorable le 22 avril 2002 : engueulade sévère avec mon chef, j'ai quitté le boulot pendant 1 ou 2 semaines... J'ai découvert le psy.
La chaîne de la vie, tu connais ? Un humain la quitte, un autre arrive. Mon grand-père est parti, un petit frère ou une petite soeur va arriver fin septembre. Merci papa, Merci Hada !! Moi, deux, je trouvais ça un peu juste (c'est pas une critique hein, fréro ! :-)). Là, Arthur et Valentine vont avoir une tata ou un tonton plus jeune, c'est fun non ? Et puis m'occuper de mon frère ou de ma soeur, ça me fera patienter pour le 3ème (hein Annabelle ?).
Il est grand le mystère de la foi.
Lundi 17 avril 2006, 19h42
Ca fait du bien d'écrire des choses légères, banales, normales... Samedi matin, je devais faire le déménagement d'Anne Wetzel et Marc... Creuvé, pas motivé + Anne qui m'avait dit par avance que ça n'était pas grave... Du coup j'ai séché... Petite courses à Auchan, tour de manège pour arthur + DVD pour Arthur... Après-midi ? Là comme ça je ne sais plus... Soir : La passion du CHrist de Mel Gibson. En araméen, ça déchire... mais au bout d'une heure, Annabelle a préféré arrêter les frais avant de vomir... Dimanche matin : petit bonjour à ma grand-mère, au revoir à mon oncle qui repartait aujourd'hui pour les Etats-Unis. Aller voir ma grand-mère plus souvent, pourquoi pas manger le midi avec elle une fois tous les 15 jours ?? Midi : invitation chez Alexis, le frère d'Annabelle. Fred, sa femme, s'était mise en 4 : duo de foie gras chaud et froid, ris de veau, assortiment de fromages, 5 mini-desserts : mousse au chocolat, crème brûlée, glace à la framboise, carpaccio de fraises et je sais plus... Pas trop car je conduisais au retour, ce qui n'est pas le cas de tout le monde... n'est-ce pas Annabelle ??
Découverte de ma vie : un solex ! Il m'en faut un pour mon anniversaire... Déconnez pas, c'est le 24 mai...
Ai fini Mishima, la musique. Doit en lire un autre de lui pour dire di bien comprendre. Ai commencé la préface de Mrs Dalloway, de Virginia Woolf. Elle fait 50 pages ! Si je comprends pas le bouquin après ça, c'est que je suis vraiment une burne...
Sinon, correction de copies de lettres administratives... être précis, méthodique, méticuleux. Ne rien laisser au hasard !
Putain je suis un solex à 300€ sur ebay... Valenciennes. Les enchères finissent vendredi 18h40... J'ai reçu des photos. Il a l'air assez nickel. Alexis, donne-moi vite ton avis et j'enchéris !!
Jeudi 13 avril 2006, 6h44
Il y a des périodes qui dépassent l'entendement. Je reviens mardi matin au travail après l'incinération de mon grand-père, et j'apprends par Papa peu avant midi la mort de Pierre Boulier. Il va être enterré ce matin. Que dire ? Que j'ai partagé des vacances à Cotignac avec Pierre, Dominique sa femme et d'autres amis proches. Qu'il a des enfants de mon âge... Que je l'ai rencontré la première fois réellement lorsque je faisais mon mémoire d'histoire sur Pierre Mauroy, et qu'il m'avait reçu à Tourcoing en interview, en tant que (ancien ?) directeur de la SORELI. Et puis je me souviens de Pierre dans l'équipe de mon père, dans la première circonscription, des discussions de campagne sur la stratégie à adopter, des articles à écrire pour les journaux électoraux. Moi, j'étais au MJS, un peu gauchiste, j'avais tendance à voir en Pierre un "droitier". Le mot sécurité me faisait bondir... En fin de compte, Pierre était d'une grande rigueur intellectuelle et d'un vrai courage pour aborder des sujets pas faciles pour la gauche en général, et le PS en particulier.
J'ai appris qu'il avait un cancer un soir de décembre 2004, lors d'une réunion publique à Lille avec Dominique Strauss-Kahn. N'étant plus au PS, je n'ai plus eu l'occasion de le revoir. Je lui ai écrit une fois, une longue lettre. Une autre fois, j'ai appelé chez lui mais je suis tombé sur le répondeur. Il nous a écrit avec Dominique pour la naissance de Valentine, et puis nous nous sommes envoyés nos voeux en début d'année...
Les mots sont vains...
Cérémonie d'incinération de mon gand-père, Léon Roman
Lundi 10 avril 2006, 16h00, crématorimu de Wattrelos
* Thème de la liste de Schindler (reprise)
LAISSE-MOI ME TAIRE (Hirsh Glik), poème lu par Marianne Farineaux, sa fille.
Laisse-moi, laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière
Tout bas, les yeux clos.
Nul ne peut, ni gardes en armes
Grille ou barbelés,
Nul ne peut interdire aux larmes
Tout bas de couler.
Pareils aux arbres de silence,
Vent, ne nous évite,
Mais qu’avec toi nos vœux s’élancent
Vers d’autres zéniths.
Va ton chemin, brise légère,
Va sans trop flâner
Pour porter à ma vieille mère
Mes tendres pensées.
Parmi les yeux de millions d’êtres,
Ceux de ma maman,
Tu sauras bien les reconnaître :
Ils sont différents.
Nul vent ne sèche la rosée
A ses yeux brûlants,
Elle pleure, martyrisée,
Son fils, dans un camp.
Va vite, vent, je lui envoie
Un signe d’amour,
Que ses yeux malades revoient
Son fils, de retour.
Et le vent murmure : est-ce un rire
Ou, secret, un pleur ?
De ma fin déjà, veut-il dire
Qu’ici sonne l’heure ?
Ecoute encore, vent, écoute,
Au cœur un sanglot.
Mais le vent a fui sur la route
Et plus un écho.
Maintenant laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière,
Tout bas, les yeux clos.
Discours de Boris Roman-Dubreucq, son petit-fils.
Chère famille, Chers amis, Cher Papi, Chère Myriam,
« J’étais à l’école rabbinique, mais ce n’était pas une école confessionnelle. J’étais le meilleur dans ma classe. J’aimais bien poser des questions embarrassantes à mon instituteur, alors que je savais déjà les réponses. Je donnais des cours à ceux qui étaient plus faibles et dont les parents étaient riches, pour me faire de l’argent. A 11 ans, à l’époque, il y a 70 ans, les garçons étaient déjà mûrs comme ceux de 25 ans d’aujourd’hui. Il fallait se débrouiller, on n’avait pas le choix.
Ma sœur Myriam avait de longs cheveux blonds et des tâches de rousseur, dont les autres enfants se moquaient. La première fois que j’ai gagné de l’argent avec mes leçons, je suis allé lui acheter de la crème. La crème c’était pour cacher ses tâches de rousseur. Ils ont grillé Myriam, elle avait 13 ans et demi. »
Ainsi me parlait Papi un dimanche de février, l’année dernière, au cours de l’une de ces conversations qu’on n’attend pas. On vient pour dire bonjour, parler de la pluie et du beau temps, et puis tout à coup, Myriam arrive, on ne sait pas comment.
Une autre fois, Papi m’a parlé de son cousin, qu’il prenait sur le guidon de son vélo pour se promener. Une autre fois encore, de cette femme à grosse poitrine qui a croisé sa colonne de déportés sortant de Birkenau, et qui regardait cette horde hagarde avec un regard méchant. « Savait-elle ce qui se passait ? osais-je demander à Papi ». Réponse définitive : « Et comment ! Elle ne pouvait pas ne pas savoir. Ce que je te dis, tu peux me croire, je l’ai vu de mes yeux, je ne l’ai pas lu dans des livres ! »
J’ai aussi la chance d’avoir vu avec Papi, Mamie et Marianne « La liste de Schindler » au cinéma. Après la séance, nous avons remonté lentement la rue de Béthune et nous sommes arrêtés au Paon d’Or pour boire un café. Il est difficile de parler après avoir vu ce film : « C’était pire que ça, a-t-il fini par lâcher ».
La mémoire de Papi était comme un puzzle : il en donnait une pièce de temps en temps, à l’un ou à l’autre. J’ai la chance d’en posséder quelques unes, et je vous les donne aujourd’hui.
Seule la mort transforme la vie en destin, a dit Malraux.
Aujourd’hui qu’il est mort, encore plus qu’hier quand il était vivant, nous mesurons l’impossibilité d’appréhender le destin de Papi. J’ai eu beau lire « Si c’est un homme », de Primo Lévi, qui raconte la vie quotidienne en camp. Rien n’y fait. Je n’arrive toujours pas à m’imaginer le voyage en train, les chiens, les haut-parleurs hurlant, cette main qui lui saisit l’avant-bras et lui tatoue le numéro B3032, la file des hommes et celle des femmes, le travail qui n’a jamais rendu libre.
Par un étrange phénomène, sentant la mort approcher, les hommes reviennent à leurs racines, qu’ils avaient parfois refoulées depuis des décennies. Ainsi Papi s’est-il remis à parler Yiddish dans la nuit de jeudi à vendredi. Et puis il est parti.
Je ne parle pas yiddish. Mais un jour, il y a de ça des années, j’ai acheté un disque de musique yiddish, et cette musique m’a parlé. Une chanson a particulièrement retenu mon attention, avec un violon qui disait toute la tendresse et la rage de la vie d’un juif comme celle de Papi.
Cette chanson s’appelle « Hulyet ! ». C’est une chanson populaire ashkénaze. Il m’arrive de penser que papi la fredonnait quand il était petit avec Myriam. C’est l’histoire d’un vieux monsieur qui regarde jouer ses petits-enfants et qui leur dit :
Hulyet !
Jouez, chers p’tits enfants
Le printemps, déjà, s’annonce…
O, mes chers enfants,
Comme je vous envie !
Hulyet, jouez, petits enfants,
Tant que vous êtes jeunes !
Car du printemps à l’hiver
Il n’y a qu’un saut de chat !
Jouez, chers petits enfants,
Ne perdez pas un instant !
Entraînez-moi aussi dans le jeu
Accordez-moi ce bonheur !
Hulyet…
Ne regardez pas mes cheveux gris
Ca gâcherait votre jeu…
Mon âme est encore jeune
Comme elle l’était bien des années auparavant
Hulyet…
Mon âme est encore jeune
Et se meurt de nostalgie
O, que ne donnerait-elle pas
Pour quitter ce vieux corps…
Hulyet…
Jouez, chers petits enfants
Ne perdez pas un instant !
Car le printemps déjà s’achève
Et avec lui le plus grand bonheur
Hulyet…
Papi a fait un long chemin de Pologne en France, il a fait un long, un si long chemin dans sa vie. Il a souhaité rejoindre les siens.
Alors puisqu’il faut le refaire, nous referons ce chemin, et nous irons à Auschwitz disperser ses cendres pour que Papi retrouve Myriam et ses tâches de rousseur, ses parents, tous les siens, tous les nôtres qui sont restés là-bas.
Une voix monte des fers, et parle des lendemains. Puisqu’il faut le refaire, oui, nous referons ce chemin.
La plus belle sépulture des morts, c’est la mémoire des vivants.
Cher Papi, notre mémoire sera ta plus belle sépulture.
* Hulyet !, chanson populaire yiddish
DANS UNE BIERE, poème lu par Marianne Farineaux, sa fille.
Etendu dans une bière
Comme en un habit de bois
Etendu,
Disons que c’est un vaisseau
Sur les vagues de l’orage,
Disons que c’est un berceau.
Au point
Où les corps se séparèrent
Du temps
Ma sœur, je t’appelle.
Mon cri tu l’entends
De loin.
Un frémissement dans la bière,
Un corps imprévu ?
Tu viens.
Je reconnais tes paupières
Ton souffle
Et ta lumière.
C’est le visage de l’ordre
Aujourd’hui là,
Demain là-bas,
Maintenant dans une bière
Comme en un habit de bois,
Triomphe encore ma parole.
* La danse du sabre, Khachaturian
Mon cours, je l'ai donné avant d'aller embrasser mon grand-père. C'était hier midi. Je ne savais pas que ça serait la dernière fois que je le verrais vivant. Il était assis sur son lit, les yeux grands ouverts. Il avait bu un café le matin. Il avait l'air dynamique. Plus de masque à oxygène, on pouvait se parler. Et puis il est mort vers 8h ce matin, après avoir dit au revoir à ma grand-mère et à ses 6 enfants qui étaient autour de lui. Il a parlé yiddish, il a parlé de sa mère, il a parlé d'Auschwitz, il voulu qu'on lui chante une chanson. Alors on a chanté. Et puis il s'est endormi doucement. Quand je suis arrivé à 9h00, je l'ai embrassé sur le front en lui disant je t'aime. Mais ça n'était déjà plus lui. Tout est un peu irréel aujourd'hui. Tout le monde est là. Il faut tenir, pas le choix !!
Mercredi 5 avril 2006, 21h02
"Y'a tout à l'heure, 15 ans malheur, mon vieux Léon
Que tu es parti au paradis d'l'accordéon..."
Chanson de Brassens, de circonstance. Léon Roman se meurt donc. Il n'est pas dit qu'il passera la nuit. Même au plus mal aux urgences, on peine à croire que la vie ne sera bientôt plus dans ce corps. Sa main était plus chaude que la mienne car je venais de dehors. C'est presque lui qui m'a réchauffé... A moitié conscient, à moitié inconscient. Content que je lui passe le bonjour de la part d'Annabelle, Arthur et Valentine. Content de voir ses petits-enfants, ma cousine Joséphine, mon frère qui lui a aussi tenu la main, et moi-même... Une infection est en train de l'emporter. On ne le soigne même plus. Juste de la morphine pour la douleur. J'ai rendez-vous avec papa à 4h pour notre tour de garde. Après, je suis censé donner mon cours de lettre administrative. Ca c'est du défi...
Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...