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Samedi 27 janvier 2007

Je retiens des leçons de mon ami Gilles Johanet que dans un monde où l'on ne voit pas plus loin que le bout de son nez (qu'on pense aux enfants de Don Quichotte, ou encore à Nicolas Hulot, à peine médiatisés, déjà presque oubliés...), il faut au contraire chercher à ne pas être myope, à élargir son regard dans le temps et dans l'espace pour vraiment comprendre qui nous sommes, pourquoi et où nous allons.

C'est à ce voyage fascinant que nous invite Jacques Attali, dans son dernier livre (il en a commis près de 40) : "une brève histoire de l'avenir". Un livre dense, ambitieux, intelligent et qui rend intelligent ! Attali joue avec l'histoire et pose des concepts pour raconter le monde de façon simple mais néanmoins brillante. Il dessine un sens à l'histoire, comme Marx s'y est aussi essayé.

On pourrait le croire fou ou prétentieux. En effet, comment prétendre imaginer l'avenir de 2100 alors qu'il suffirait qu'un fou presse demain le bouton nucléaire pour que la civilisation disparaisse aussitôt... Attali fait donc le pari que ça n'arrivera pas !

Dans une première partie, il se propose de faire l'histoire de l'ordre marchand. Qu'est-ce que l'ordre marchand ? C'est le double phénomène alliant économie de marché et démocratie (et violence aussi...).

D'après lui, cet ordre marchand a eu 9 coeurs successifs, depuis Bruges (1200-1350), Venise (1350-1500), Anvers (1500-1560), Gênes (1560-1620), Amsterdam (1620-1788), Londres (1788-1890), Boston (1890-1929), New-York (1929-1980) jusqu'à Los Angeles (1980- ?).

Ces coeurs ont chacun rassemblé, à un moment de l'histoire, le meilleur de classe créative : ingénieurs, philosophes, banquiers, ... Géographiquement, ils étaient situés près d'un grand port, avec un arrière-pays agricole permettant un approvisionnement facile. Remarque : la France n'a jamais été un coeur de l'ordre marchand, ayant laissé passé sa chance à de nombreuses reprises, notamment parce qu'elle a été incapable de se doter d'une marine suffisamment puissante pour s'assurer du contrôle des mers.

Donc, dans votre prochain dîner en ville, si l'on vous demande quel est aujourd'hui le coeur du monde, répondez simplement : "Los Angeles, évidemment !" (vous pouvez aussi dire "L.A.", avec l'accent, naturellement...). Vous pouvez ajouter que les prémices du déclin de L.A. sont déjà là, et qu'un prochain coeur viendra prendre sa place d'ici un quart de siècle...

Parmi les innombrables réflexions et anecdotes de ce livre, deux m'ont particulièrement marqué :

* la première est une devinette : qu'est-ce qui a rendu possible la construction de buildings ? Autrement dit, qu'est-ce qui fait qu'il n'y aurait pas eu de buildings possibles au Moyen-Age ? Réponse : l'électricité, et par là même l'ascenseur. Puissant.

* deuxième anecdote : Attali rend la pile électrique et le transistor en partie responsables de la libération de moeurs outre-Atlantique, puis en Europe. En effet, pile électrique + transisor = booms. Les jeunes ont réussi par ce biais à échapper au contrôle social des adultes lors des traditionnels bals populaires. Il fallait y penser...

La deuxième partie est consacrée aux prévisions d'Attali. 3 périodes devraient se succéder : l'hyper-empire, l'hyper-conflit, et enfin (si on arrive jusque là) l'hyper-démocratie. Outre les aspects socio-politiques, il imagine les grandes mutations technologiques qui vont avoir lieu (ex : la gratuité totale de la musique, seuls les concerts restant payant).

La dernière partie, la plus d'actualité, dresse le tableau de la France dans ce contexte général à la veille de la présidentielle. Et force est de constater que ce n'est pas reluisant : la France, malgré des atouts de poids, travaille moins que les autres, a une productivité forte mais qui baisse tendantiellement, fait face à une baisse des parts de marché mondial, ou encore à une dette qui hypothèque fortement nos chances... Un appel au sursaut et au courage qui n'a pas beaucoup de chances d'être entendu... A moins que...Ségolène ?

Good night, and good luck !

 

 

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : idées, livres, ciné, musique...
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Samedi 13 janvier 2007

Le Président étasunien a annoncé cette semaine sa volonté d'envoyer environ 21.500 soldats supplémentaires en Irak, notamment à Bagdad afin de "sécuriser" la capitale irakienne... Mais - car il y a un mais - , cette décision va entraîner un surcoût de 7 milliards de dollars si j'ai bien compris. Du coup, le Congrès va être saisi pour voter la rallonge budgétaire, et comme il est depuis peu démocrate, ça n'est pas gagné pour W. !

Certes, le vote aura sans doute lieu malgré tout, les démocrates ne voulant pas apparaître pour ceux qui laissent leurs soldats au front sans aide. Mais à moyen terme, gageons que c'est la stratégie de désengagement prônée par la gauche qui va prévaloir et qu'on assiste ici à un baroud d'honneur de l'administration Bush.

En France, devant pareille situation, il aurait suffi au Président de la République d'ordonner à son Premier ministre de pacotille d'inscrire cette nouvelle dépense au budget pour que l'affaire soit réglée. Allez, un petit débat formel à l'Assemblée sans vote à la fin, le domaine réservé et ce genre de conneries... Clic-clac, l'affaire est dans le sac !

Il faut dire que la constitution de notre bonne vieille Vème République a toujours pris les parlementaires en général, et les députés en particuliers, pour des éternels mineurs sur le plan financier, voire des débiles profonds sous tutelle car incapable de bien gérer l'argent. On en veut pour preuve le fameux article 40, qui stipule que "Les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l'aggravation d'une charge publique".

En gros, députés et sénateurs peuvent augmenter les impôts et baisser les dépenses, mais pas l'inverse, en tout cas pas sans la bénédiction du gouvernement, donc du Président de la République...

Redonner du sens à la fonction législative aujourd'hui passera nécessairement par un rôle accru en matière budgétaire et par une responsabilisation des parlementaires...

Good night, and good luck.

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Dimanche 7 janvier 2007

[Les tentes le long du Canal Saint-Martin à Paris]

S'il y a peut-être quelque chose à retenir de l'actuelle mobilisation en faveur des sans-abris et des mal logés, c'est qu'une association minuscule, les enfants de Don Quichotte, dont peu de monde avait entendu parler il y a encore quelques semaines, a réussi le tour de force d'obliger les principaux acteurs politiques français à se positionner sur leur problématique, voire sur leurs propositions.

Qu'a fait cette association pour cela ? Un clochard est mort de froid ? Un plan com' à plusieurs millions d'euros ? Un immeuble insalubre a brûlé ? Pas du tout ! Ils ont planté quelques tentes dans le centre de Paris et dans quelques villes de province, attirant d'abord les médias puis une smpathie immédiate de l'opinion publique.

Ce faisant, ils ont failli d'un coup ringardiser toute la classe politique, de droite - sur le sujet, c'est un peu normal, vu les prises de positions sur les quotas de 20% de logements sociaux - et de gauche, au point que Libération évoquait il y a quelques jours le retard de Royal et du PS pour prendre position sur le sujet.

Et finalement, du PC à l'UMP, en passant par le PS, les Verts et les Radicaux, les principaux partis politiques ont pris unanimement position en faveur de la charte du canal Saint-Martin. Il est notable de constater qu'aucune voix ne semble s'élever pour dénoncer le fait que l'association accepte le soutien de Boutin et de Bayrou, comme en témoigne le site internet de l'association. Parce qu'il y a des causes qui peuvent faire consensus.

En attendant, cette opération montre une nouvelle fois à quel point les partis politiques en général, et le PS en particulier, est désormais souvent cantonné au rôle de caisse de résonance d'idées qu'il ne porte plus comme il l'a fait autrefois.

Certes, sans débouché politique en lien avec les partis, les enfants de Don Quichotte n'ont aucun espoir de faire bouger les choses pour le logement en France. Mais le PS seul en aurait-il eu la volonté et le courage ?

Good night, and good luck.

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : politique
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Lundi 1 janvier 2007

"Ils ne savaient pas que c'était impossible alors ils l'ont fait"

Mark Twain

 

Bonne année 2007 à tous !

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Mémoire histoire

Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...

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