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Mercredi 26 avril 2006
Gap, mercredi 26 avril 2006, 7h48
Pardon à ceux qui ont des attaches à Gap, mais cette ville, c'est un peu de la merde... peut-on parler de ville d'alleurs ? Bon, on cherche un petit restau, pas l'Amérique : une table avec des chaises, une lumière pas trop forte, un petit rideau pour dire de ne pas être exposés comme des animaux... Il semble que ça n'existe pas ? Que font les habitants de Gap à la nuit tombée ? Sans doute des messes noires... Hier doir il faisait 16°; et il n'y avait personne dehors. Les rues et les terrasses de Lille devaient etre bondées... Résultat : notre dîner en amoureux avec Annabelle s'est fini à "La Fourchette" en face de la gare SNCF, avec une pizza 4 fromages et un faux-filet...
Valentine avait donc une infection urinaire. On a changé l'antibio, mais voilà qu'elle a peut-être une otite... Arthur a failli jouer au petit Grégory cette nuit quand il a réveillé sa soeur...
Politique : on est dans la merde, ça se confirme. La gauche est d'une telle médiocrité que ç'en est à pleurer... Médiocrité et manque de courage. Du courage !! Je crois qu'on ne mesure pas encore à quel point la fracture du référundum européen a coupé la gauche en deux. Il n'est pas concevable de gouverner dans la durée avec des nonistes. Ce n'est pas tenable. Si les sociaux-démocrates de ce pays n'ont pas l'intention de faire en sorte d'être élus au moins deux mandats de suite, autant aller se coucher. L'échiquier politique est sans doute appelé à être modifié, et nos alliés d'hier ne seront sans doute plus ceux de demain. Et inversement.
Lecture : Mrs Dalloway, tu connais ? C'est de Virginia Woolf, ça te dit quelque chose ? Hé ben la préface fait 58 pages écrites en tout petit. Si je comprends pas le bouquin avec ça... Donc j'en suis royalement à 31 pages...
La réflexion du jour : comment faire pour éviter les petites médiocrités quotidiennes ? Question subsidiaire : c'est quoi les petites médiocrités quotidiennes ? J'ai ma petite idée, mais on va encore me traîter de facho...
Auschwitz : le voyage semble se préciser m'a dit mon frère Dimitri. Un minibus, un départ le jeudi de l'ascension. 15 personnes mais on ne sait toujours pas qui précisément. Il faut que j'appelle Marianne. En plus de la visite du camp, nous irons voir des cousins de ma grand-mère. Je compte partir avec caméra, appareil photo et mon moleskine. Tu connaîs le moleskine ? C'est un petit carnet à couverture de cuire noir, avec un petit élastique pour le fermer. C'est le carnet mythique d'Emmingway !
Good luck, and good night !!
par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Lundi 24 avril 2006
Gap, lundi 24 avril 2006, 7h52
Je ne suis finalement pas allé au concert de Katerine... Trop de choses à préparer pour le départ à Gap. Ca tombait pilpoil puisque Sabine et Ivan se sont pointés à l'Aéronef en oubliant leur place. J'ai donc mis ma robe de chambre sur mon pyjama, mes chaussettes de tennis blaches et j'ai sauté dans le zafira pour les leur porter... Fred m'a dit que le concert était bien, que Katerine était en forme !
Et puisque je parle d'Ivan, spéciale dédicace et j'ai mis le lien vers son blog. Son groupe s'appelle Inter, j'aime beaucoup, et il sera un jour mondialement connu !
Route toute la journée pour Gap. Assez tranquille sauf les 100 derniers kilomètres avec Grenoble que j'aurais préféré faire en hélicoptère. Valentine toujours malade...
Soirée diététique : apéro, tartiflette...
Maman m'a montré les photos de la Vendée où elle est passée... La maison, Ker Ninette, rebaptisée Carpe Diem... Pourquoi pas... Toute mon enfance et même plus que ça !! Je mets les photos en ligne (comme j'ai mis celles du solex aussi).
Le coup de gueule : y'en a marre du Mademoiselle. Mademoiselle, ça veut juste dire qu'une femme n'est pas mariée ou qu'elle est encore vierge. Les mots ont du sens, y'a des symboles derrière tout ça... J'en ai parlé à des copines que ça ne dérange pas tant... Mais vous êtes cons ou quoi les filles !!! Révoltez-vous, bordel à queue !!! Donc j'ai aussi mis le lien vers le site de la pétitition. Signez-là !!
Il est grand le mystère de la foi !
par Boris Roman-Dubreucq publié dans : idées, livres, ciné, musique...
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Samedi 22 avril 2006

Samedi 22 avril, 6h22

Ca y est ! Je voulais un solex, je l'ai ! Merci ebay et spéciale dédicace à Mme Lannoy de Valenciennes ! 300€, c'était le prix de départ. C'est mon cadeau d'anniversaire. La grosse frime en perspective pour les beaux jours en arrivant au boulot et en se ballandant à Lille...

 Hier, dernier jour de boulot. Je me suis cassé à 16h30 pour aller chercher des copies au CNFPT. Puis passage chez ma grand-mère. Elle sortait justement de chez elle pour alller faire réparer ses lunettes place Sébastopol. Je l'ai donc accompagnée sur cette route que nous avons faite ensemble des centaines de fois pour aller et revenir de l'école... Au retour, nous avons croisé la femme de Jean-Daniel Escande. Curieux hasard de deux veuves récentes qui se croisent. Nous avons échangé quelques mots. Elle est restée comme un zombie pendant cinq semaines avant de voir le jour. Malgré tout, elle avait une bonne mine. Allez, à bientôt !

Le voyage à Auschwitz pour la dispersion des cendres de mon grand-père se précise. C'est pour le week-end de l'Ascension (il est grand le mystère de la foi !), fin mai. Voyage en voiture pour les uns, en avion pour les autres (notamment ma grand-mère et peut-être mon père). 1300-1500 km ! Une étape s'impose. Un hôtel est déjà réservé en Poogne pour 15 personnes. Qui va venir ? Je ne sais pas encore. Outre Auschwitz, il est prévu d'aller visiter des cousins de ma grand-mère. Elle a quitté la Pologne à 5 ans. Elle saura se montrer indispensable là-bas pour traduire !

Nous partons demain matin à Gap chez maman. 5 heures ce serait bien (je sais Fred, je suis un facho de l'heur). Mais avant ça, il y a le concert de Katerine ce soir à l'Aéronef...

 

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Vendredi 21 avril 2006

Vendredi 21 avril 2006, 6h32

Vacances ce soir. Départ à Gap chez maman ce week-end jusque vendredi prochain. Retour en passant chez Gilles Johanet qui, si je devais avoir un maître à penser, serait celui-là !

Avant-hier soir : apéritif avec Virginie Tchoffo, Fabien son mari et Line-Audrey, qui fut jadis en crèche avec Arthur. Très sympa. On a parlé de nos morts - mon grand-père et son père adoptif, qui est en fait son oncle - de la façon de les enterrer, de les honorer, de porter ou non le deuil. Il y a dans ces rites quelque chose d'ancestral qui fait qu'on peut comprendre l'autre au-delà de la culture...

Hier soir : apéritif avec Christiane. Discussion de choses et d'autres, des enfants, de la vie... Bon j'ai le droit de pas tout raconter après tout !

Demain soir : concert de Philippe Katerine... Aux dernières nouvelles (merci Ivan), il ferait des séjours réguliers en hôpital psychiatrique, et aurait des moeurs sexuelles déviantes...enfin ça veut rien dire mais la plupart des gens trouverait ça déviant...

21 avril. Triste anniversaire. J'ai eu un pétage de plombs mémorable le 22 avril 2002 : engueulade sévère avec mon chef, j'ai quitté le boulot pendant 1 ou 2 semaines... J'ai découvert le psy.

La chaîne de la vie, tu connais ? Un humain la quitte, un autre arrive. Mon grand-père est parti, un petit frère ou une petite soeur va arriver fin septembre. Merci papa, Merci Hada !! Moi, deux, je trouvais ça un peu juste (c'est pas une critique hein, fréro ! :-)). Là, Arthur et Valentine vont avoir une tata ou un tonton plus jeune, c'est fun non ? Et puis m'occuper de mon frère ou de ma soeur, ça me fera patienter pour le 3ème (hein Annabelle ?).

Il est grand le mystère de la foi.

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Lundi 17 avril 2006

Lundi 17 avril 2006, 19h42

Ca fait du bien d'écrire des choses légères, banales, normales... Samedi matin, je devais faire le déménagement d'Anne Wetzel et Marc... Creuvé, pas motivé + Anne qui m'avait dit par avance que ça n'était pas grave... Du coup j'ai séché... Petite courses à Auchan, tour de manège pour arthur + DVD pour Arthur... Après-midi ? Là comme ça je ne sais plus... Soir : La passion du CHrist de Mel Gibson. En araméen, ça déchire... mais au bout d'une heure, Annabelle a préféré arrêter les frais avant de vomir... Dimanche matin : petit bonjour à ma grand-mère, au revoir à mon oncle qui repartait aujourd'hui pour les Etats-Unis. Aller voir ma grand-mère plus souvent, pourquoi pas manger le midi avec elle une fois tous les 15 jours ?? Midi : invitation chez Alexis, le frère d'Annabelle. Fred, sa femme, s'était mise en 4 : duo de foie gras chaud et froid, ris de veau, assortiment de fromages, 5 mini-desserts  : mousse au chocolat, crème brûlée, glace à la framboise, carpaccio de fraises et je sais plus... Pas trop car je conduisais au retour, ce qui n'est pas le cas de tout le monde... n'est-ce pas Annabelle ??

Découverte de ma vie : un solex ! Il m'en faut un pour mon anniversaire... Déconnez pas, c'est le 24 mai...

Ai fini Mishima, la musique. Doit en lire un autre de lui pour dire di bien comprendre. Ai commencé la préface de Mrs Dalloway, de Virginia Woolf. Elle fait 50 pages ! Si je comprends pas le bouquin après ça, c'est que je suis vraiment une burne...

Sinon, correction de copies de lettres administratives... être précis, méthodique, méticuleux. Ne rien laisser au hasard !

Putain je suis un solex à 300€ sur ebay... Valenciennes. Les enchères finissent vendredi 18h40... J'ai reçu des photos. Il a l'air assez nickel. Alexis, donne-moi vite ton avis et j'enchéris !!

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Jeudi 13 avril 2006

Jeudi 13 avril 2006, 6h44

Il y a des périodes qui dépassent l'entendement. Je reviens mardi matin au travail après l'incinération de mon grand-père, et j'apprends par Papa peu avant midi la mort de Pierre Boulier. Il va être enterré ce matin. Que dire ? Que j'ai partagé des vacances à Cotignac avec Pierre, Dominique sa femme et d'autres amis proches. Qu'il a des enfants de mon âge... Que je l'ai rencontré la première fois réellement lorsque je faisais mon mémoire d'histoire sur Pierre Mauroy, et qu'il m'avait reçu à Tourcoing en interview, en tant que (ancien ?) directeur de la SORELI. Et puis je me souviens de Pierre dans l'équipe de mon père, dans la première circonscription, des discussions de campagne sur la stratégie à adopter, des articles à écrire pour les journaux électoraux. Moi, j'étais au MJS, un peu gauchiste, j'avais tendance à voir en Pierre un "droitier". Le mot sécurité me faisait bondir... En fin de compte, Pierre était d'une grande rigueur intellectuelle et d'un vrai courage pour aborder des sujets pas faciles pour la gauche en général, et le PS en particulier.

J'ai appris qu'il avait un cancer un soir de décembre 2004, lors d'une réunion publique à Lille avec Dominique Strauss-Kahn. N'étant plus au PS, je n'ai plus eu l'occasion de le revoir. Je lui ai écrit une fois, une longue lettre. Une autre fois, j'ai appelé chez lui mais je suis tombé sur le répondeur. Il nous a écrit avec Dominique pour la naissance de Valentine, et puis nous nous sommes envoyés nos voeux en début d'année...

Les mots sont vains...

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Mardi 11 avril 2006

Cérémonie d'incinération de mon gand-père, Léon Roman

Lundi 10 avril 2006, 16h00, crématorimu de Wattrelos

* Thème de la liste de Schindler (reprise)

LAISSE-MOI ME TAIRE (Hirsh Glik), poème lu par Marianne Farineaux, sa fille.

 Laisse-moi, laisse-moi me taire,

Que cessent les mots.

Laisse-moi dire une prière

Tout bas, les yeux clos.

Nul ne peut, ni gardes en armes

Grille ou barbelés,

Nul ne peut interdire aux larmes

Tout bas de couler.

 

Pareils aux arbres de silence,

Vent, ne nous évite,

Mais qu’avec toi nos vœux s’élancent

Vers d’autres zéniths.

Va ton chemin, brise légère,

Va sans trop flâner

Pour porter à ma vieille mère

Mes tendres pensées.

 

Parmi les yeux de millions d’êtres,

Ceux de ma maman,

Tu sauras bien les reconnaître :

Ils sont différents.

Nul vent ne sèche la rosée

A ses yeux brûlants,

Elle pleure, martyrisée,

Son fils, dans un camp.

 

Va vite, vent, je lui envoie

Un signe d’amour,

Que ses yeux malades revoient

Son fils, de retour.

Et le vent murmure : est-ce un rire

Ou, secret, un pleur ?

De ma fin déjà, veut-il dire

Qu’ici sonne l’heure ?

 

Ecoute encore, vent, écoute,

Au cœur un sanglot.

Mais le vent a fui sur la route

Et plus un écho.

Maintenant laisse-moi me taire,

Que cessent les mots.

Laisse-moi dire une prière,

Tout bas, les yeux clos.

Discours de Boris Roman-Dubreucq, son petit-fils.

Chère famille, Chers amis, Cher Papi, Chère Myriam,

« J’étais à l’école rabbinique, mais ce n’était pas une école confessionnelle. J’étais le meilleur dans ma classe. J’aimais bien poser des questions embarrassantes à mon instituteur, alors que je savais déjà les réponses. Je donnais des cours à ceux qui étaient plus faibles et dont les parents étaient riches, pour me faire de l’argent. A 11 ans, à l’époque, il y a 70 ans, les garçons étaient déjà mûrs comme ceux de 25 ans d’aujourd’hui. Il fallait se débrouiller, on n’avait pas le choix.

 Ma sœur Myriam avait de longs cheveux blonds et des tâches de rousseur, dont les autres enfants se moquaient. La première fois que j’ai gagné de l’argent avec mes leçons, je suis allé lui acheter de la crème. La crème c’était pour cacher ses tâches de rousseur. Ils ont grillé Myriam, elle avait 13 ans et demi. »

 Ainsi me parlait Papi un dimanche de février, l’année dernière, au cours de l’une de ces conversations qu’on n’attend pas. On vient pour dire bonjour, parler de la pluie et du beau temps, et puis tout à coup, Myriam arrive, on ne sait pas comment.

 Une autre fois, Papi m’a parlé de son cousin, qu’il prenait sur le guidon de son vélo pour se promener. Une autre fois encore, de cette femme à grosse poitrine qui a croisé sa colonne de déportés sortant de Birkenau, et qui regardait cette horde hagarde avec un regard méchant. « Savait-elle ce qui se passait ? osais-je demander à Papi ». Réponse définitive : « Et comment ! Elle ne pouvait pas ne pas savoir. Ce que je te dis, tu peux me croire, je l’ai vu de mes yeux, je ne l’ai pas lu dans des livres ! »

 J’ai aussi la chance d’avoir vu avec Papi, Mamie et Marianne « La liste de Schindler » au cinéma. Après la séance, nous avons remonté lentement la rue de Béthune et nous sommes arrêtés au Paon d’Or pour boire un café. Il est difficile de parler après avoir vu ce film : « C’était pire que ça, a-t-il fini par lâcher ».

 La mémoire de Papi était comme un puzzle : il en donnait une pièce de temps en temps, à l’un ou à l’autre. J’ai la chance d’en posséder quelques unes, et je vous les donne aujourd’hui.

 Seule la mort transforme la vie en destin, a dit Malraux.

 Aujourd’hui qu’il est mort, encore plus qu’hier quand il était vivant, nous mesurons l’impossibilité d’appréhender le destin de Papi. J’ai eu beau lire « Si c’est un homme », de Primo Lévi, qui raconte la vie quotidienne en camp. Rien n’y fait. Je n’arrive toujours pas à m’imaginer le voyage en train, les chiens, les haut-parleurs hurlant, cette main qui lui saisit l’avant-bras et lui tatoue le numéro B3032, la file des hommes et celle des femmes, le travail qui n’a jamais rendu libre.

 Par un étrange phénomène, sentant la mort approcher, les hommes reviennent à leurs racines, qu’ils avaient parfois refoulées depuis des décennies. Ainsi Papi s’est-il remis à parler Yiddish dans la nuit de jeudi à vendredi. Et puis il est parti.

 Je ne parle pas yiddish. Mais un jour, il y a de ça des années, j’ai acheté un disque de musique yiddish, et cette musique m’a parlé. Une chanson a particulièrement retenu mon attention, avec un violon qui disait toute la tendresse et la rage de la vie d’un juif comme celle de Papi.

 Cette chanson s’appelle « Hulyet ! ». C’est une chanson populaire ashkénaze. Il m’arrive de penser que papi la fredonnait quand il était petit avec Myriam. C’est l’histoire d’un vieux monsieur qui regarde jouer ses petits-enfants et qui leur dit :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hulyet !

 Jouez, chers p’tits enfants

 Le printemps, déjà, s’annonce…

 O, mes chers enfants,

 Comme je vous envie !

 Hulyet, jouez, petits enfants,

 Tant que vous êtes jeunes !

 Car du printemps à l’hiver

 Il n’y a qu’un saut de chat !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jouez, chers petits enfants,

 Ne perdez pas un instant !

 Entraînez-moi aussi dans le jeu

 Accordez-moi ce bonheur !

  

 

 

 

 

Hulyet…

  

 

Ne regardez pas mes cheveux gris

 Ca gâcherait votre jeu…

 Mon âme est encore jeune

 Comme elle l’était bien des années auparavant

  

 

 

 

 

Hulyet…

  

 

Mon âme est encore jeune

 Et se meurt de nostalgie

 O, que ne donnerait-elle pas

 Pour quitter ce vieux corps…

  

 

 

 

 

Hulyet…

  

 

Jouez, chers petits enfants

 Ne perdez pas un instant !

 Car le printemps déjà s’achève

 Et avec lui le plus grand bonheur

  

 

 

 

 

Hulyet…

  

 

Papi a fait un long chemin de Pologne en France, il a fait un long, un si long chemin dans sa vie. Il a souhaité rejoindre les siens.

 Alors puisqu’il faut le refaire, nous referons ce chemin, et nous irons à Auschwitz disperser ses cendres pour que Papi retrouve Myriam et ses tâches de rousseur, ses parents, tous les siens, tous les nôtres qui sont restés là-bas.

 Une voix monte des fers, et parle des lendemains. Puisqu’il faut le refaire, oui, nous referons ce chemin.

 La plus belle sépulture des morts, c’est la mémoire des vivants.

 Cher Papi, notre mémoire sera ta plus belle sépulture.

 

 

 

 

* Hulyet !, chanson populaire yiddish

DANS UNE BIERE, poème lu par Marianne Farineaux, sa fille.

Etendu dans une bière

Comme en un habit de bois

Etendu,

Disons que c’est un vaisseau

Sur les vagues de l’orage,

Disons que c’est un berceau.

Au point

Où les corps se séparèrent

Du temps

Ma sœur, je t’appelle.

Mon cri tu l’entends

De loin.

 

Un frémissement dans la bière,

Un corps imprévu ?

Tu viens.

Je reconnais tes paupières

Ton souffle

Et ta lumière.

 

C’est le visage de l’ordre

Aujourd’hui là,

Demain là-bas,

Maintenant dans une bière

Comme en un habit de bois,

Triomphe encore ma parole.

 

* La danse du sabre, Khachaturian

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Vendredi 7 avril 2006

Mon cours, je l'ai donné avant d'aller embrasser mon grand-père. C'était hier midi. Je ne savais pas que ça serait la dernière fois que je le verrais vivant. Il était assis sur son lit, les yeux grands ouverts. Il avait bu un café le matin. Il avait l'air dynamique. Plus de masque à oxygène, on pouvait se parler. Et puis il est mort vers 8h ce matin, après avoir dit au revoir à ma grand-mère et à ses 6 enfants qui étaient autour de lui. Il a parlé yiddish, il a parlé de sa mère, il a parlé d'Auschwitz, il voulu qu'on lui chante une chanson. Alors on a chanté. Et puis il s'est endormi doucement. Quand je suis arrivé à 9h00, je l'ai embrassé sur le front en lui disant je t'aime. Mais ça n'était déjà plus lui. Tout est un peu irréel aujourd'hui. Tout le monde est là. Il faut tenir, pas le choix !!

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Mercredi 5 avril 2006

Mercredi 5 avril 2006, 21h02

"Y'a tout à l'heure, 15 ans malheur, mon vieux Léon

Que tu es parti au paradis d'l'accordéon..."

Chanson de Brassens, de circonstance. Léon Roman se meurt donc. Il n'est pas dit qu'il passera la nuit. Même au plus mal aux urgences, on peine à croire que la vie ne sera bientôt plus dans ce corps. Sa main était plus chaude que la mienne car je venais de dehors. C'est presque lui qui m'a réchauffé... A moitié conscient, à moitié inconscient. Content que je lui passe le bonjour de la part d'Annabelle, Arthur et Valentine. Content de voir ses petits-enfants, ma cousine Joséphine, mon frère qui lui a aussi tenu la main, et moi-même... Une infection est en train de l'emporter. On ne le soigne même plus. Juste de la morphine pour la douleur. J'ai rendez-vous avec papa à 4h pour notre tour de garde. Après, je suis censé donner mon cours de lettre administrative. Ca c'est du défi...

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : perso
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Jeudi 30 mars 2006

Jeudi 30 mars 2006, 22h11

Samedi dernier, venaient manger à la maison Rémi (sans Coraline, malade, et Suzanne) et Gaspard, Marc, Marianne (à nouveau enceinte, chapeau !) et leur petit Gabriel, Ivan, Sabine et leur petite Marine. Alcool, politique. Aubry un peu, le CPE un peu, puis musique... Discussion de coin de cuisine avec Rémi qui avait trouvé Les Marquises, dernier album de Jacques Brel, sur mon i-pod. Cet album est bouleversant : Jaurès, Jojo, Voir un ami pleurer, Orly, La ville s'endormait, Vieillir... et Les Marquises. Brel savait déjà qu'il allait mourir (d'un cancer ?) quand il a écrit cet album. La mort règne partout, la rage de vivre aussi. Encore un peu. Dire que ça n'a pas été vain. Alors l'ami Rémi, d'accord avec toi, quand on entend un album comme celui-là, on ne peut pas s'en remettre. On vit avec, on meurt avec.

par Boris Roman-Dubreucq publié dans : idées, livres, ciné, musique...
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Mémoire histoire

Soutenu en septembre 1999 à l'université Lille III - Charles de Gaulle, le thème de mon mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, est : "Le majorat de Pierre Mauroy (1973-1995) ou la tentation de l'histoire". Il contient deux tomes : le 1er tome est le texte du mémoire, le 2nd tome est constitué des annexes, et notamment de la retranscription des entretiens individuels. Bonne lecture...

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